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Comme un seul homme


De : d'après le Retour d'Andreï PLATONOV
Mise en scène par Philippe DELAIGUE
Avec Philippe DELAIGUE


Démobilisé après quatre années de guerre, Alexéi Ivanov, capitaine de la garde soviétique, entreprend de retourner parmi les siens. Comme le train n'arrive guère et qu'une froide nuit d'automne tombe sur le quai désert, le soldat lie conversation avec Macha, "la fille du garçon de bains", dont il voudrait bien obtenir un baiser "sur la joue simplement en camarade. Juste un peu parce que le train a du retard et que l'on s'ennuie à l'attendre". Plus tard, il n'oubliera pas l'odeur de ses cheveux, un parfum de "feuille morte des forêts d'automne." De retour chez lui, ses retrouvailles avec sa femme et ses enfants, traversées par la joie, l'inquiétude puis le soupçon se révèlent mouvementées. Directeur de la Comédie de Valence, metteur en scène, auteur de plusieurs pièces de théâtre, Philippe Delaigue est l'unique interprète de ce spectacle, incarnant tour à tour les quatre protagonistes de cette nouvelle étonnante du grand auteur russe qu'est Andreï Platonov. EXTRAIT : « À cette heure, l’automne qui les entourait était triste et morne. Le train qui devait les emporter chez eux se trouvait on ne savait où dans l’immensité grise. La seule chose qui pût consoler et distraire le cœur humain était un autre cœur humain. Ivanov engagea la conversation avec Macha et en éprouva du bien-être. Macha était jolie, simple d’âme et bonne de ses grandes mains travailleuses et de son corps jeune et sain. Comme lui, elle rentrait au pays, et se demandait comment elle allait vivre la vie civile ; elle s’était habituée à ses compagnes de guerre, aux aviateurs qui l’aimaient comme une sœur aînée, lui offraient du chocolat, et l’appelaient "la grandiose Macha" à cause de sa haute taille et de son grand cœur qui avait assez de place, comme celui d’une vraie sœur, pour recevoir tous ses frères dans le même amour, et aucun en particulier. À présent, elle trouvait désagréable, bizarre et même un peu effrayant d’aller retrouver une parenté dont elle s’était déshabituée. Séparés de l’armée, Ivanov et Macha se sentaient orphelins ; mais Ivanov n’était pas homme à s’éterniser dans une humeur triste et morne. C’est pourquoi il passait vite à l’action de vivre, c’est-à-dire qu’il se trouvait une occupation ou bien une consolation comme il disait lui-même, une joie simple, d’occasion, et c’est ainsi qu’il sortait de son accablement. Il s’approcha de Macha et lui demanda la permission de l’embrasser sur la joue simplement en camarade. – Juste un peu, parce que le train a du retard et que l’on s’ennuie à l’attendre. – Seulement parce que le train a du retard ? » Extrait de la nouvelle Le Retour d’Andreï PLATONOV in Les Écluses d’Épiphane, éd. Gallimard, Coll. Du monde entier Traduit du russe par Lily Denys

Représentations ATP : Théâtre des Ateliers
le 16 Janvier 2003, 00H00
le 17 Janvier 2003, 00H00
le 18 Janvier 2003, 00H00


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