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AN DIE MUSIK


De : Rudi Engelander -Pip Simmons
Mise en scène par Pip Simmons
Avec
Gica Andrusca
Monica Broos
Radu Captari
Cristina Cioran
Delia Ciorasteanu
Virgil Constantin
Octavian Mardari
Razvan Popa
Mihaita Valentin Calota
Chorégraphie Violetta Captari
Conception Rudy Engelander, Pip Simmons
Musique Chris Jordan
Lumières Chahine Yavroya



La première partie est une extraordinaire opérette dans laquelle la compagnie mime le "Rêve d'Anne Frank". Une réception obscène donnée pour des mendiants illustre la persécution grandissante des juifs, en une série d'images magnifiques et terrifiantes, teintées d'humour et d'amertume. Puis, comme un électrochoc, les personnages du rêve deviennent une file de Juifs débraillés et dégradés, soumis aux habitudes barbares et aux jeux sadiques du gardien d'un camp de concentration. La musique est de plus en plus cruelle, de plus en plus ironique. Et sans un remord, le spectacle continue. Sans tenter d'analyser politiquement une extermination de six millions d'âmes. Sans laisser une seule chance à l'indifférence. Le théâtre et d'autres formes d'art avaient jusqu'alors essayé de conjuguer la sentimentalité avec une réalité historique inimaginable. An die Musik est né du refus de cette constatation, du refus d'une impuissance des arts à faire quoi que ce soit de significatif sur l'Holocauste.
Au moment de la création du spectacle, nous ne savions toujours pas si nous avions un quelconque droit de traiter ce sujet. Deux ans de tournée n'ont pas donné de réponse : les réactions du public et de la presse ont été d'une extrême diversité. Aujourd'hui, cinquante ans après l'Holocauste, des gosses de quatorze ans lèvent leur main droite et crient "Vive la Victoire". Des groupes Heavy Metal célèbrent Satan et le racisme. Roberto Benigni danse sur les chaises du théâtre pendant la cérémonie des Oscars. Liam Neeson, alias Schnitzler, pose héroïquement face à "ses Juifs". L'aile droite de l'Europe se développe très vite, sans contrôle. L'antisémitisme a des racines profondes. Le révisionnisme ne provoque plus de relents d'horreur. Et la seule réponse culturelle semble être l'américanisation de l'Holocauste, sa réduction à un fantasme sentimental et acceptable de l'héroïque victime. La nouvelle version de An die Musik sera semblable et différente de la première. Semblable par sa raison d'être ; différente par sa distribution - le spectacle sera interprété par les acteurs du Théâtre national juif de Bucarest - et son public. Rudy Engelander Le metteur en scène Pip Simmons étudie à Londres et obtient son diplôme de professeur de théâtre à Hampstead. En 1968, frais émoulu de l'école, il devient metteur en scène dans un petit théâtre expérimental très connu : le Arts Lab. Il y travaille sur de nombreuses pièces d'auteurs contemporains avant-gardistes. De là naît le premier Pip Simmons Group, qui suscite une vague d'enthousiasme dès les premiers jours de sa tournée, au rythme de la musique rock qu'il utilise dans ses spectacles. Très vite, la compagnie voyage dans toute l'Europe. En 1974, Pip Simmons est invité par la Fondation des Arts de Rotterdam à créer une compagnie internationale. Il accepte la proposition, rassemble ceux qui seront la base du groupe au cours des dix années suivantes, et monte deux spectacles, dont An die Musik, qui a immédiatement un impact extraordinaire, notamment aux festivals de Nancy et d'Avignon off. De retour à Londres, tout en continuant les tournées, le nouveau Pip Simmons Group travaille à la fois sur des adaptations de classiques et sur ses propres créations. Les spectacles sont excitants, provocateurs. Comédiens, créateurs et musiciens viennent d'horizons et de pays très différents, ce qui enrichit le travail et lui donne son identité. L'aspect visuel et la musique sont toujours très importants. Enfin, après dix-huit années sur la route, les membres de la compagnie décident de se séparer. La rupture se fait sans amertume, l'exploration s'est avérée artistiquement et socialement positive. Pip Simmons part en Suède, le pays d'origine de sa femme. Il continue la mise en scène et enseigne le théâtre qui, à son sens, n'a pas une situation plus confortable qu'il y a vingt ans. Aucune forme ne lui semble toucher aux aspirations profondes de la jeunesse. Est-il encore possible de convaincre les nouvelles générations que le théâtre peut, visuellement et émotionnellement, être représentatif de leurs propres sentiments et fantasmes ? Peut-on encore croire que le théâtre a un rôle, vibrant, énergétique, musical, coloré et, finalement, nécessaire ? Qu'il est en lien avec nos sens, nos cerveaux, nos sentiments ? Que c'est une expérience sociale, qui fait naître des conflits et des débats bien plus utiles que les éloges mielleux des poseurs ? C'est la foi en cette forme-là de théâtre qui continue à me motiver ou peut-être les années, qui m'ont tout simplement rendu stupide ? !

Représentations ATP : Relais Culturel
le 13 Mars 1976, 21H00
le 15 Mars 1976, 21H00


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