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LA CARPA DE LOS RASQUACHIS


De : Luis Valdez
Mise en scène par Luis Valdez
Avec Teatro Campesino
Patrick Sommier à l'orchestre (guitare)


Les artistes chicano, réactivant le muralisme dans les années 1970, ont inventé le mot « rasquachisme » - art des rasquaches, Indiens méprisés, les opprimés démoralisés -, un autre mot réminiscent du cubisme et des genres esthétiques révolutionnaires visant à renverser les codes de représentation existant.
Il y a des troupes qui ont une âme. C’est ce qui distingue le Magic Circus de ses imitateurs. Cette âme, en fait, c’est un homme qui la communique.
Le Savary du Teatro Campesino, c’est Luiz Valdez. Grâce à lui, ce groupe de paysans mexicains qui chante et conte le sort des travailleurs émigrés en Californie, dégage une chaleur, une sympathie qui forcent la complicité et l’amitié.
Pourtant ce petit homme rond, rieur, qui introduit son spectacle avec une liberté brouillonne et un apparent laisser-aller, n’emploie que des accessoires très simples (peu coûteux) et des moyens d’expression peu élaborés (en fait directement issus du monde farceur de l’enfance). MAIS justement, c’est du VRAI théâtre, celui du MISTERO BUFFO, celui du SOLEIL FOULÉ PAR LES CHEVAUX.
Dario Fo qui était dans la salle ne s’y trompait pas, qui applaudissait à tout rompre, et s’est, avec humilité, fait présenter à Valdez. C’est du théâtre de contestation authentique qui se borne à DÉCRIRE avec tendresse la vie d’un émigré, de son passage de la frontière à son arrivée au Paradis après avoir été tué, Paradis où il retrouve le schéma social dans lequel il a toujours vécu. Description jamais agressive et cependant féroce pour les Etats-Unis, mais sans complaisance pour le Campesino dénoncé dans sa crédulité, sa Foi aveugle, son penchant à l’ivrognerie, sa conception de la Femme. On le voit, après avoir payé son entrée aux USA, embauché au noir et trimant dur pour peu d’argent qu’il dépense au bordel, au bar et dans les « stores ». On le voit faisant la cour à une fille, l’épousant et en faisant aussitôt son esclave. On le voit lui faisant des sextuplés et la battant. On le voit téléphonant à Mexico et coupé, par manque de monnaie, au milieu de la communication. Quelques pancartes indiquent les lieux. Un pneu qu’on roule, c’est une voiture. Le mouvement, le dynamisme, sont permanents et point n’est besoin de comprendre les langues pour suivre l’anecdote, tant tout est corporellement exprimé. Je ne vais pas tout raconter en détails. Disons que c’est SAIN, pétant de générosité. Le Mexicain décrit est l’enfant face au monde des adultes. Ceux-ci sont les Américains, caricaturés à l’extrême et exprimés en forme de DIABLES et de MORT. On songe aux LÉGENDES À VENIR de Mehmet et à MOHAMMED PRENDS TA VALISE, mais, comment dire ?, il y a au TEATRO CAMPESINO une dimension de gentillesse (Attoun dirait de « naïveté) à laquelle je suis très sensible. Ce qui n’empêche pas la prise de conscience : sur la fin du spectacle, les opprimés se soulèvent, font la grève et c’est à cette occasion que le héros sera descendu. Le COMBAT est engagé. Mais ne se traduit pas scéniquement en termes prétentieux. Cette lutte est naturelle, et est amenée naturellement. Ainsi est-elle évidemment JUSTIFIÉE, sans palabres. Le fait politique ressort de l’ÉVIDENCE. Il est donc parfaitement à l’état pur. À l’état d’AVANT MARX. Si le philosophe avait vu LA GRAN CARPA DE LOS RASQUACHIS, il aurait pu inventer LE CAPITAL.

en 2008, le spectacle a été repris par Kinan Valdez (le spectacle a été créé par Luiz Valdez)



Représentations ATP : Salle Carnot
le 26 Juillet 1978, 21H00


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