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PERSONNE D'AUTRE


De : Botho Strauss
Mise en scène par Daniel Benoin
Avec Anémone,


L'HUMANITÉ - 13 janvier 1992
Il y a, de Botho Strauss, auteur allemand dont on fait grand cas aujourd’hui, une suite de récits intitulée « Personne d’autre » (Gallimard éditeur, traduction de Claude Porcell) qui pousse loin les variations sur le thème de la solitude aujourd’hui, celle notamment des vieux et des femmes. En une langue précise, concrète, non sans un soupçon d’élégie, il enregistre les secousses infinitésimales du désespoir des laissés-pour-compte dont l’armée silencieuse grandit. L’un de ces récits, « Sa lettre de mariage », Daniel Benoin l’a sorti du livre pour le porter à la scène. Il inaugure ainsi le théâtre du Parc d’Andrézieux-Bouthéon, dont en sa qualité de directeur de la Comédie de Saint-Etienne - Centre dramatique national il a désormais l’usufruit. Il a choisi Anémone pour distiller ce soliloque épistolaire, sous un éclairage de pleins feux, sur le plateau où trônent un lavabo surmonté d’un miroir, une grosse ampoule tombant du plafond, une table, une chaise, la photo punaisée du compagnon de dix-sept ans de vie parti se marier ailleurs et un réseau géométrique de néon bleu, à la manière un peu dont le peintre Francis Bacon délimite certains de ses personnages par des lignes de fuite inscrites sur le tableau.
IL y a, de Botho Strauss, auteur allemand dont on fait grand cas aujourd’hui, une suite de récits intitulée « Personne d’autre » (Gallimard éditeur, traduction de Claude Porcell) qui pousse loin les variations sur le thème de la solitude aujourd’hui, celle notamment des vieux et des femmes. En une langue précise, concrète, non sans un soupçon d’élégie, il enregistre les secousses infinitésimales du désespoir des laissés-pour-compte dont l’armée silencieuse grandit. L’un de ces récits, « Sa lettre de mariage », Daniel Benoin l’a sorti du livre pour le porter à la scène. Il inaugure ainsi le théâtre du Parc d’Andrézieux-Bouthéon, dont en sa qualité de directeur de la Comédie de Saint-Etienne - Centre dramatique national il a désormais l’usufruit. Il a choisi Anémone pour distiller ce soliloque épistolaire, sous un éclairage de pleins feux, sur le plateau où trônent un lavabo surmonté d’un miroir, une grosse ampoule tombant du plafond, une table, une chaise, la photo punaisée du compagnon de dix-sept ans de vie parti se marier ailleurs et un réseau géométrique de néon bleu, à la manière un peu dont le peintre Francis Bacon délimite certains de ses personnages par des lignes de fuite inscrites sur le tableau.
Un texte littéraire, un cadre pictural. C’est peut-être trop pour une seule femme sans cesse exposée aux regards. La qualité de sympathie suscitée par l’artiste n’est pas en cause, ni son charme, ni sa façon d’être spontanément ironique, son goût pour certaine distance (l’air de ne pas y toucher) mais quelque chose, entre le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, fait qu’on a du mal à y croire. Il y a d’abord que le texte, sans doute valide imprimé, même dans sa dessiccation, son abstraction, sa cérébralité de coupeur de cheveux intellectuels en quatre (pas de honte à cela, chacun son métier, que les intellectuels intellectualisent, que les zingueurs zinguent) a du mal à rencontrer le corps de l’interprète. Peu d’émotion dans ces mots. Strauss n’aurait pu dire « Madame Bovary c’est moi ». D’ailleurs c’était un autre. Mais il n’est ici qu’un homme s’essayant en vain à se rendre femme. Il ne ment pas vrai. Le plaisir néanmoins est d’assister au spectacle d’Anémone, frémissante, libre, de grande élégance charnelle en soi et pour soi. Restons kantien, sur les bords.
Jean-Pierre Léonardini

Représentations ATP : Théâtre Municipal
le 21 Octobre 1992, 00H00


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