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L'homme qui rit (2ème semaine)


De : victor hugo
Mise en scène par Paddy Hayter
Avec joe cunningham, vincent gracieux, agnès guerry, paddy hayter, muriel piquart, akemi yamauchi

spectacle à 20h30 (19h jeudi - 17h dimanche) - durée 2h

spectacle en partenariat avec la mairie du Tholonet
(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre du spectacle)





"Il n’y a de lecteur que le lecteur pensif
C’est à lui que je dédie mes œuvres." (Hugo)
L’homme qui rit (dernier grand roman d’exil de Victor d’exil, écrit entre 1866 et 1869) semble contenir en lui toutes les oeuvres antérieures et à venir (Quatre-vingt -treize) de l’auteur. Pourtant le roman, en son temps, ne connut guère de succès. « J’ai voulu abuser du roman. J’ai voulu en faire une épopée. J’ai voulu forcer le lecteur à penser à chaque ligne. De là une sorte de colère du public contre moi » écrit-il à son éditeur.


Trop de personnages, trop de décors, trop de libertés prises avec la réalité historique, trop de coups de théâtre, trop de morceaux de bravoure, trop de boniments d’Ursus, trop de coïncidences miraculeuses, trop de digressions didactiques, trop d’antithèses (renversement constant de la naissance en mort, de l’ascension en chute…) trop d’hyperboles, trop d’images, trop de mots d’auteur, trop de mots tout court…. !!


De fait, Victor Hugo dans L’Homme qui rit semble avoir voulu tout dire : l’auteur a recours à une richesse lexicale aussi foisonnante et proliférante que celle de Rabelais (termes de marine, de botanique, de patois normand ou biscaïen, déclinaison de toutes les variétés de marbre, liste de tous les instruments de musique de la création qui obligent le lecteur curieux à une lecture discontinue : les notes en bas de page ou le recours à un dictionnaire introduisent de fait une rupture du tissu narratif…). Il suffit par ailleurs d’observer la table des matières pour se convaincre du désir quasi démiurgique de l’auteur : la première et la dernière partie s’intitulent LA MER ET LA NUIT, tandis que la deuxième est à mi-chemin entre le ciel et la terre PAR ORDRE DU ROI. Les titres des sous parties et des chapitres révèlent par ailleurs la présence insistante de l’auteur (nombreux énoncés à valeur de vérité générale : Toute voie douloureuse se complique d’un fardeau, Haïr est aussi fort qu’aimer, La cécité donne des leçons de clairvoyance, Ce qui erre ne se trompe pas, Chien de garde peut être ange gardien…)


L’Homme qui rit est un roman inclassable Dépourvu de label générique, il tient à la fois du roman initiatique( le personnage de Gwynplaine à travers épreuves et tentations- il est notamment attiré par la Femme tentatrice : Josiane- accède au salut), du roman historique (l’Angleterre de la Restauration fin XVIIe siècle) ,du roman politique (dénonciation des injustices sociales) et prophétique (révolution et démocratie à venir), du conte, de la poésie, de l’épopée…
Du reste, le 22 mai 1868, soucieux d’endosser tous les rôles à la fois, V. Hugo écrit « Si l’on demande à l’auteur de ce livre pourquoi il a écrit L’homme qui rit, il répondra que philosophe, il a voulu affirmer l’âme et la conscience, qu’historien, il a voulu révéler des faits monarchiques peu connus et renseigner la démocratie et que poète il, a voulu faire un drame »
Ce roman somme est donc à proprement parlé un roman monstrueux (assemblage de morceaux composites). En ce sens écriture et propos sont en parfaite adéquation puisque le personnage principal du Drame est précisément une figure monstrueuse : Gwymplaine, nouveau-né enlevé par ordre du Roi et remis aux Comprachicos, étrange confrérie dédiée à la fabrication par chirurgie de phénomènes de foire. Gwymplaine auquel ils ont imprimé au visage la marque d’un rire perpétuel, va être recueilli, par un bateleur bourru au grand cœur, Ursus et son loup, Homo. Accompagnés de la femme dont Gwymplaine va tomber amoureux, Déa, (orpheline aveugle recueillie aussi par Ursus), ils vont tous quatre parcourir les routes et vivre une vie de saltimbanques exposant dans les foires le spectacle de leur propre monstruosité. Mais voilà que sous les traits du personnage éponyme (Gwymplaine, l’homme qui rit) on reconnaît à Londres le baron Clancharlie, pair du royaume, qui fut jadis enlevé à sa famille. On le rétablit dans ses titres et ses droits. Il entre à la chambre des Lords et porte-parole de l’auteur, parle au nom du peuple : Mylords, vous êtes en haut …Je suis celui qui vient des profondeurs… Si vous saviez ce que j’ai vu !...Si vous saviez ce qui se passe, aucun de vous n’oserait être heureux… »
Au comble de l’émotion, il n’arrive plus à contrôler son visage et au milieu de ses pleurs, son visage malgré lui laisse sortir un rire spasmodique. Stupeur : toute la chambre ricane. Gwymplaine, ivre de dégoût, prend la fuite. Il n’aspire plus qu’à rejoindre Ursus et Déa sur le bateau qui s’apprête à les emporter. Hélas il arrivera trop tard ! Déa expire entre ses bras, brisée par la douleur de l’avoir cru mort. Gwymplaine, inconsolable choisit de se noyer.


« Il y a deux sortes de drame , écrit V. Hugo dans ses notes préparatoires et projets de préface, le drame qu’on peut jouer et le drame qu’on ne peut pas jouer. Ce dernier participe de l’épopée. Aux personnages humains il mêle comme la nature elle-même, d’autres personnages, les forces, les éléments, l’infini, l’inconnu. Celui qui a écrit ces lignes a fait de ces deux sortes de drame. Les drames du premier genre sont : Hernani, Ruy Blas…. Les drames du second genre sont : Le dernier jour d’un condamné, Les Misérables, les travailleurs de la mer, et ce livre L’homme qui rit. On a interdit le théâtre aux premiers. On ne peut l’interdire aux seconds. A ce drame –là on ne ferme pas le théâtre. Il échappe aux censures et aux polices. Etant plus grand, il est plus libre. Il peut affirmer l’âme humaine plus puissamment encore que le drame circonscrit dans la lutte des choses. Le but de l’art c’est l’affirmation de l’âme humaine. »
Voilà sans doute pourquoi Le Footsbarn, qui jusqu’alors n’avait jamais monté de textes français, a choisi ce roman de V. Hugo : texte aussi libre, aussi rhapsodique, aussi délirant dans sa profusion baroque que les pièces de Shakespeare, il est en parfaite adéquation avec la libre démarche artistique de la compagnie (bigarrure, outrance affirmée des différents styles de jeu, cosmopolitisme des comédiens..).


Au-delà de l’écriture proprement dite, le propos même du roman, qui fait évoluer Gwymplaine des tréteaux de foires à la foire des Cours, rencontre la double aspiration de la compagnie(à la fois réflexive et politique) : parler d’elle-même en donnant à voir le monde qui est le sien (celui du théâtre forain, itinérant, qui le cœur battant, plante son chapiteau ici et là pour mieux rencontrer la diversité des publics) et parler de notre monde ( thème de l’exclusion, du déracinement « Je représente l’humanité telle que ses maîtres l’ont faite. L’homme est un mutilé. Ce qu’on m’a fait, on l’a fait au genre humain. On lui a déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, l’intelligence, comme à moi les yeux, les narines, et les oreilles ; comme à moi, on lui a mis au cœur un cloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement » dit Gwymplaine…)
Que le roman s’enracine par ailleurs en Cornouaille, terre originelle du Footsbarn, ne fait que confirmer l’affinité élective de la compagnie avec le texte hugolien….



Paddy Hayter

Représentations ATP : Sous chapiteau au Tholonet
le 12 Février 2009, 19H00
le 13 Février 2009, 20H30
le 14 Février 2009, 20H30
le 15 Février 2009, 17H00


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