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MADAME DE SADE


De : Yukio Mishima
Mise en scène par Jacques ViNCEY
Avec Hélène Alexandridis Alain Catillaz Marilú Marini Isabelle Mazin Myrto Procopiou Anne Sée
adaptation André Pieyre de Mandiargues
spectacle à 20h30 - durée 2h20
(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre du spectacle)



Selon Mishima, sa pièce écrite en 1965 aurait pu s’intituler Sade vu à travers le regard des femmes. Dans le salon de Mme de Montreuil, six femmes sont réunies par trois fois, entre 1772 et 1790, pour évoquer le marquis de Sade emprisonné. Elles sont captives de ce fantôme vivant, de ce spectre obsédant qui prône une insolente liberté individuelle, célèbre la satisfaction des vices et plonge dans les oubliettes de la relativité le jugement moral ou religieux. L’épouse, sa soeur, sa mère, une amie d’enfance, une courtisane et la domestique, s’affrontent et se défient. Comme sur un échiquier, Jacques Vincey exacerbe et délimite avec précision le drame. Chacune se réfugie dans son « théâtre », avec ses illusions, ses codes et ses rituels. Avec intelligence, il met en lumière le jeu dangereux qu’elles s’inventent, guerrières sur la défensive. Au coeur de l’arène, elles sont des créatures chimériques. Hors-jeu, elles redeviennent femme.





Jacques Vincey

Le point de vue du metteur en scène :
Madame de Sade est une pièce de femmes.
Six femmes réunies par trois fois en dix-huit ans pour évoquer l’absent, le monstre, le maître : Donatien Alphonse François, marquis de Sade. Le « divin marquis » apparaît en filigrane des affrontements passionnés de ces femmes captives de leurs fantasmes et de leurs éthiques contradictoires.
Il est le spectre effrayant et fascinant qui rôde et les obsède. Mme de Sade se dévoue corps et âme à son mari emprisonné mais lorsqu’il sera enfin libéré, au lendemain de la Révolution Française, elle décidera brutalement de ne plus le revoir et de demander le divorce.
C’est sur cette énigme que repose la pièce. Autour d’elle, Mme de Montreuil, sa mère, usera de tous les moyens à sa disposition pour maintenir en prison cet homme que ses valeurs et sa morale réprouvent.
Anne, sa petite soeur, sera la maîtresse de Sade, et sa délatrice. Mme de Saint-Fond, la courtisane, épuisera ses forces et sa raison dans la débauche. Mme de Simiane, l’amie d’enfance, préfèrera se réfugier dans la religion.
Charlotte enfin, assistera aux affrontements de « ces dames » avec le recul conféré par son statut de domestique.
La pièce se déroule entre 1772 et 1790. L’Histoire est en marche. Des hommes et des femmes se battent contre les valeurs morales, sociales et politiques d’un monde qui s’écroule. A l’intérieur du salon de Mme de Montreuil des femmes se débattent avec l’ombre d’un homme qui repousse toujours plus loin les bornes de la liberté individuelle et franchit allègrement les frontières de ce qui est humainement concevable. Face aux abîmes qui s’ouvrent devant elles, chacune se défend comme elle peut en fonction de sa situation, de ses moyens et de ce qu’elle croit être « la » vérité.
C’est dans sa chair meurtrie et son âme bafouée que Mme de Sade trouve la force d’une dévotion déraisonnable: si mon mari est un monstre de vice, il faudra que je devienne pour lui un monstre de fidélité. C’est sur la fragilité de ces femmes que se bâtit leurs convictions inaltérables. Confrontés à leurs limites, les personnages accèdent au statut de figures. J’ai usé de chocs de concepts pour donner forme au drame et j’ai fait parader les sentiments en habits de raison. Mishima parle de la précision mathématique avec laquelle il fait évoluer les caractères autour de Mme de Sade. Cette précision exalte la violence des enjeux et des situations. Ces femmes incarnent des idées qui s’affrontent : elles sont prosaïques et sublimes, triviales et lyriques. Loin de s’annuler, ces registres de jeu s’additionnent et donnent une profondeur aux personnages.
Dans sa forme, la pièce est à la croisée du théâtre japonais traditionnel et du théâtre français du XVIIIe.
Les protagonistes du drame semblent animés par des forces qui les dépassent, comme des marionnettes, des figurines de porcelaine qui évolueraient sur un échiquier à la manière de l’évolution et de la révolution des planètes. Néanmoins leur rapport à la parole et la perversité de leurs relations n’est pas sans rappeler le théâtre de Marivaux ou Les Liaisons dangereuse de Laclos : ces femmes parlent pour exister, pour combler le vide qui les menace. Sade « vu à travers le regard de Mishima » échappe à toute appréhension univoque ou anecdotique de ce personnage qui hante notre imaginaire collectif.
Sade vu à travers le regard des femmes nous confronte à notre propre vertige et à la liberté insolente de cet homme qui affirmait : « Ce n’est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres ».
Jacques Vincey


La Presse :

Madame de Sade ou les égarements de la fidélité Par Armelle Héliot
) La pièce de Yukio Mishima a toujours fasciné. Composée en 1965, traduite en français par André Pieyre de Mandiargues, elle fut créée en France au théâtre d'Orsay chez les Renaud-Barrault. Plus tard, en 1986, au théâtre Gémier de Chaillot, Sophie Loucachevsky choisit de confier les rôles à des hommes. Dans les costumes splendides et le décor laqué de Yannis Kokkos, ce jeu qui laissait affleurer l'art du travestissement à la japonaise, impressionna beaucoup. Plus tard encore, en 2004, c'est Alfredo Arias qui en donna sa version.
Jacques Vincey, qui signe aujourd'hui la mise en scène de Madame de Sade pose lui aussi la question de la représentation : il voit les personnages comme "des insectes autour d'une lampe" qui "tournoient, virevoltent fiévreusement autour d'une flamme invisible : l'absence physique du Marquis de Sade, exalte sa présence virtuelle". Jacques Vincey circonscrit ainsi rigoureusement le cadre de son travail. Pour costumes, Claire Risterucci, offre aux comédiennes qui incarnent le cercle de la famille et les aristrocrates proches, des carcasses de crinolines qui en font les figures d'une cérémonie maniériste qu'accentuent les vertigineuses perruques et les maquillages sophistiqués de Cécile Kretschmar. La bonne, Charlotte, est-elle jouée par un homme que l'on dénude un moment, rose et enfantin comme ce que l'on nous dit de Sade...
Yukio Mishima avait très bien expliqué les raisons qui l'avaient conduit au Divin Marquis et très bien analysé la construction de la pièce et les personnages. "C'est en lisant La Vie du Marquis de Sade de Tatsuhiko Shibusawa que, pour moi, en tant qu'écrivain, se posa l'énigme de comprendre comment la marquise de Sade, qui avait montré tant de fidélité à son mari pendant ses longs emprisonnements, ait pu l'abandonner juste au moment où il retrouvait enfin la liberté."
La construction de l'oeuvre est particulière. Un temps long, dix-huit années. Trois actes, trois moments. Celui de l'emprisonnement, de l'attente. Automne 1772. Fin de l'été 1778. Printemps 1790. Renée (Hélène Alexandridis) est à peine mariée lorsque Donatien est jeté en prison après le scandale de Marseille. Des prostituées se sont plaintes de ses façons. Mais Mishima ne cherche pas à instruire un dossier. Il cherche à comprendre et Madame de Montreuil (Marilu Marini) et sa fille. Personnages du réel, comme la jeune soeur, Anne- Prospère (Myrto Procopiou). Charlotte (Alain Catillaz) comme la Baronne de Simiane (Isabelle Mazin) et la Comtesse de Saint-Fond, sont, Mishima le soulignait, "imaginaires". Mais tout ici est fiction, rêve du Siècle des Lumières, rêve de la Révolution qui frémit, rêve devant ce bloc qu'est le Marquis de Sade, cette funeste noirceur qui fascine Yukio Mishima choisit la mort lors d'un "seppuku" en 1970, cinq ans à peine après avoir écrit cette pièce.
Madame de Sade fascine par tout ce qui renvoie à l'ensemble des écrits de l'auteur de Confession d'un masque ou du Pavillon d'or et c'est toujours à son tragique destin que l'on pense , plus qu'à celui du Marquis de Sade. Jacques Vincey a donc choisi une manière volontairement artificielle de représenter la pièce. Il éloigne ainsi les protagonistes. C'est beau, souvent très intéressant, mais on analyse le jeu sans être submergé par l'émotion, malgré l'art des acteurs, les lumières (Marie-Christine Soma), le travail sur la voix et la scénographie de transparences. Les comédiens sont excellents, de la Charlotte travestie d'Alain Catillaz, aux apparitions d'Anne Sée, rétive, Isabelle Mazin, plus silencieuse, Myrto Procopiou, sourdement exaltée. L'essentiel ici, la pièce l'exige, se joue entre mère et fille. Marilu Marini, souveraine et tourmentée, ambivalente, et Hélène Alexandridis qui parvient, malgré le déploiement spectaculaire, à aller jusqu'aux palpitations vertigineuses de Renée, femme perdue, éperdue. Et qui rompt.


La Compagnie Sirènes A été nommée pour le Molière 2009 des compagnies, Hélène Alexandridis pour celui de la comédienne dans un second rôle et Claire Risterucci pour celui du créateur costumes.

Claire Risterucci a reçu le Molière du créateur costumes pour ses magnifiques robes à crinolines transparentes.



Les ATP d'Aix ont accueilli Jacques Vincey avec "Le Belvédère" d'Ödön von HORVATH en Avril 2006 au Théâtre Antoine Vitez et avec "Mademoiselle Julie" d'August Strindberg à Rousset, en Janvier 2008.



Représentations ATP : Pavillon Noir
le 10 Mai 2010, 20H30


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