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LE GARÇON DU DERNIER RANG


De : Juan Mayorga
Mise en scène par Jorge Lavelli
Avec Isabel Karajan
Pierre-Alain Chapuis
Christophe Kourotchkine
Nathalie Lacroix
Sylvain Levitte
Pierric Plathier
spectacle à 20h30
durée 2h



L'ESPRIT DU THÉÂTRE


Avant " Le Garçon du dernier rang "
Les Ecritures croisées présentent
A la rencontre de Juan Mayorga
en sa présence et celle de Jorge Lavelli, metteur en scène.

Théâtre des Ateliers lundi 29 novembre à 18h30


(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre)


Juan Mayorga-Jorge Lavelli



Un professeur de lettres corrige les copies de ses élèves. Affligeant ! Mais l'un d'eux, qui préfère une place discrète au dernier rang, 'celle d'où l'on voit tous les autres', fait preuve dans son devoir d'un sens aigu de l'observation, et même d'un voyeurisme subtil. Encouragé par l'enseignant, il poursuit sa rédaction-feuilleton, pénétrant l'univers de deux familles, l'une bourgeoise avec ses espoirs et ses frustrations, l'autre plus proche de la vie intellectuelle et artistique. La réalité et la fiction s'enchevêtrent jusqu'à se confondre. Mais quelles obscures intentions dissimule ce jeune homme et jusqu'où ira-t-il dans la manipulation de la réalité ?


La pièce , Le Garçon du dernier rang, laisse paraître les traits spécifiques ou emblématiques de l’écriture de Mayorga », nous avertit d’emblée Jorge Lavelli. Le personnage principal de la pièce de l’auteur espagnol s’avère un adolescent plutôt borderline comme l’exprime le dramaturge :
En Argentine, depuis la création de la pièce, on parle dans le milieu de la psychiatrie du syndrome du "garçon du dernier rang" pour désigner un type d’adolescent issu d’une famille disloquée, agressif, manipulateur mais doué, qui est à la recherche d’un père et d’une mère.


Sylvain Levitte


Mais il s’agit d’un adolescent plutôt sérieux, paradoxalement élève modèle, bien que se réfugiant au dernier rang de la classe. En outre, il a une drôle de particularité : ce surdoué partage certains codes esthétiques de son professeur. D’ailleurs la pièce démarre comme une blague de potache : le professeur (Germain), fasciné par le talent littéraire d’un de ses élèves (Claude) l’encourage dans une rédaction-feuilleton sans fin.

Le gratte-papier y consigne tout ce qu’il entend et voit, développant — selon ses humeurs — une prose réaliste, naturaliste ou même lyrique. Objet de fascination et de jalousie — puis plus tard de répulsion, Claude suscite compliments et sarcasmes de la part de ce professeur à l’humeur atrabilaire.

De cette fable réaliste, Lavelli, grand admirateur de Mayorga, qu’il considère comme l’un des auteurs majeurs de ce début du siècle en Espagne — il avait mis en scène en 2007 Chemin du Ciel (Himmelweg) de Mayorga, Théâtre de la Tempête, 2007 — nous offre une mise en scène pimpante, aux contours serpentins, se glissant subtilement dans cette histoire à la cruauté risible.
Les questionnements sur l’éducation et les rapports hiérarchiques entre élèves et professeurs sont habilement suggérés, tout en restant en veilleuse. Avec un art jubilatoire, l’auteur du Garçon du dernier Rang, docteur en philosophie, démonte les mécanismes psychologiques de ses personnages, les croquant à belles dents.


Ainsi, Germain nous apparaît comme l’image parfaite du fou subjectif — ici un fou de littérature, cynique et désabusé, ne jurant que par Tolstoï et Dostoïevski. Un antihéros, qui s’énerve vite, interrogeant sans cesse Claude, le monstrueux surdoué, qu’il traite tantôt comme un larbin, tantôt comme la septième merveille du monde.
Ne m’appelle pas maestro, gueule Germain à son élève de façon récurrente, semblant à la fois réjoui et troublé par la soif culturelle — envahissante — de ce clone de plus en plus arrogant. Quant à Jeanne (femme de Germain), elle offre un truculent personnage de folledingue, un brin harceleuse, s’agitant tel un Minotaure enfermé dans une labyrinthique galerie d’art. De ce dernier point névralgique, le couple refait le quotidien, dissertant sans fin sur les rapports existant entre art, vie et littérature.
La famille de Rapha — un camarade d’école à qui il enseigne le mystère ésotérique des mathématiques — offre un cadre stratégique à l’inspiration de ses rédactions. Le terreau de ses observations/obsessions/investigations littéraires s’enracine dans des éléments aussi banals qu’une paire de chaussures, une tablette d’Efferalgan ou des feuilles jaunies par l’automne (!).
Surfant habilement sur l’espace et le temps scéniques, Lavelli plante cet adolescent ingénu et un rien manipulateur — joué avec beaucoup de talent par Sylvain Levitte — dans cette belle villa imaginaire au parc immense. Claude, tel un vampire tranquille, s’y glisse, se mêlant au quotidien des parents de son camarade — un cadre surmené, empêtré dans des relations d’affaires et une bourgeoise oisive, exhibant à Claude, fasciné, ses tableaux de Paul Klee.
Mais peut-être, la description minutieuse de l’univers des Rapha — immortalisée par les écrits de Claude — n’est-elle qu’un leurre… Le nerf de la guerre — psychologique — ne réside-t-il pas avant tout dans une confrontation inévitable Germain/Claude ? L’adolescent capricieux se cabre, menaçant l’univers intellectuel de Gemain, soumettant maintenant ce dernier à ses caprices d’enfant gâté.
Sortant du rôle — ou plutôt du rédactionnel — qui lui était imparti , il passe peu après ses rencontres avec Esther et Jeanne du rôle d’observateur à celui de séducteur. D’une certaine façon, la pièce de Mayorga s’avère une histoire désopilante et cruelle d’arroseur arrosé, dans laquelle un jeune homme dominé sur le plan psychologique passe au statut de dominant.
Le Garçon du dernier rang est une pièce grinçante et drôle — à la construction narrative des plus originales —, pleine d’une malice qui sent le soufre.



Juan Mayorga
Juan Mayorga est né en 1965 à Madrid. Docteur en Philosophie, il est l’auteur de nombreux essais sur la politique et la mémoire dans le sillage de Walter Benjamin et sur le rapport de l'écriture dramatique à l'histoire.
Il enseigne, depuis 1998, la dramaturgie et la philosophie à l'Ecole Royale Supérieure d'Art Dramatique de Madrid.
Membre fondateur du collectif théâtral El Astillero à Madrid. A obtenu le Prix Celestina du meilleur auteur de la saison 1999/2000 ; le Prix Borne pour Lettres d'amour à Staline ; le Prix Calderón de la Barca pour Mas cenizas (Plus de cendres) en 1992 ; le Prix Enrique Llovet 2003 pour Himmelweg ; le Prix National de Théâtre en 2005 pour Hammelin ; et en 2007, le Prix national du théâtre lui est décerné par le Ministère de la culture espagnol.
Il a aussi été distingué pour son adaptation de Un ennemi du peuple de Ibsen et pour sa pièce El chico de la última fila (Le Garçon du dernier rang). En 2008, son adaptation du Roi Lear se joue à Madrid, au Théâtre María Guerrero - centre dramatique national, La Tortuga de Darwin(La Tortue de Darwin) est créée au théâtre La Abadía et et sa dernière pièce, La Paz perpetua, (La Paix éternelle) au Théâtre María Guerrero, Centre dramatique national. Yves Lebeau a traduit Himmelweg (Chemin du ciel) - mise en scène J. Lavelli, Paris 2007 ; Hammelin, Les Insomniaques et Copito de nieve - mise en scène Christian Fregnet en 2007. Ces pièces sont publiées aux éditions les Solitaires Intempestifs où paraîtra, début 2009, Le Garçon du dernier rang, dans la traduction de Jorge Lavelli et Dominique Poulange.

Représentations ATP : Théâtre du Jeu de Paume
le 29 Novembre 2010, 20H30


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