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LES FIDÈLES


De : Anna NOZIÈRE
Mise en scène par Anna NOZIÈRE
Avec Catherine Boeuf : La grand-mère
Virginie Colemyn : La mère
Fabrice Gaillard : Le curé
Camille Garcia : Annie Rozier
Martial Jacques : L’Oncle
Julie Lesgages : Monique
Marina Moncade : Soeur Marthe
Pascal Thétard : Le Père
spectacle à 20h30
durée 1h20



(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre du spectacle)






L'Esprit du théâtre
Rencontre entre
Anna Nozière, auteur et metteur en scène,
et Evelyn Granjon, pédopsychiatre,
présidente d'honneur de la Société française de thérapie familiale psychanalytique,
à propos de la mémoire familiale et de la transmission inconsciente.
jeudi 15 mars 2012 à 18h30
Université de Provence, Amphi A

(face au Théâtre Antoine Vitez), 29 avenue Robert Schumann, Aix-en-Provence

stationnement possible dans l'enceinte de l'Université une 1/2 heure avant le début de la rencontre
Entrée libre dans la limite des places disponibles

Représentation des Fidèles
jeudi 15 mars 2012 à 20h30
Théâtre Antoine Vitez, 29 avenue Robert Schumann, Aix-en-Provence
stationnement possible dans l'enceinte de l'Université une 1/2 heure avant le début de la représentation


Dans une pièce à la fois intime et burlesque, l’auteur et metteur en scène convoque au théâtre des figures de la mémoire.
La mère, le père, l’oncle, la grand-mère, la soeur, etc. L’histoire d’Annie Rozier et de sa famille, racontée dans une suite de scènes brèves où accouchement, baptême et veillée mortuaire ressemblent à d’absurdes cauchemars autant qu’ils sont jubilatoires.
Car la mémoire porte en elle son incroyable énergie, et cette comédie noire, menée tambour battant par une excellente troupe d’acteurs, est avant tout traversée par une théâtralité débridée. Ici on se refourgue des fantômes, des enfants morts et des jambes de bois, et l’humour et la cocasserie le disputent sans arrêt à l’effroi.
Alors seulement, de temps en temps, comme une respiration dans cette histoire trépidante, comme une parole suspendue, on nous murmure un chant d’alcôve, coeur profond et refuge de l’enfance.
Cette pièce est lauréate de l’Aide nationale à la création et du Soutien de la SACD à l’auteur. Elle est publiée aux éditions Les Solitaires Intempestifs.

DANS LA PRESSE

Sur scène, on pense aux flamands pour la lumière, à Kantor pour les morts, à Copi pour les vivants, à Pommerat pour le son, à Artaud pour la cruauté, mais on est bien chez Anna Nozière, avec sa drôle de langue surréelle et son univers d’aujourd’hui.
Sud Ouest

Sur le plateau, la folie domine, une insanité perfide car comique. Un grand écart servi par une troupe de comédiens d'exception.
Aqui-Culture

D’une incroyable vérité. On ressort ému et sonné à la fois, un cocktail d’émotions dont on garde longtemps le souvenir enivrant. En somme, du grand, du très grand théâtre.
Le Souffleur



Ce n’est pas vrai que l’homme moderne a vaincu la Peur... Ce n’est pas vrai, la Peur existe : la peur devant le monde extérieur, la peur devant notre destin, devant la mort, devant l’inconnu, la peur devant le néant, devant le vide... Ce n’est pas vrai que l’artiste c’est le héros ou le conquérant audacieux et intrépide, comme l’exige une légende conventionnelle...
Croyez-moi c’est un Homme pauvre sans armes et sans défense qui a choisi sa Place vis-à-vis de la Peur Consciemment ! C’est dans la conscience que naît la Peur !
Tadeusz Kantor (Petit manifeste)

Ecrire ce texte a été pour moi l’occasion d’aborder la question de la mémoire familiale, de toute forme de fidélité aux générations qui nous précèdent, mais aussi de parler du drame de l’enfance abîmée, qui existe de tout temps et dans tous les milieux. Peut-être est-ce une pensée étrange, mais j’ai toujours pensé que le rôle de l’artiste avait quelque chose à voir avec la protection de l’enfance. Non pas sur un plan social, et pas seulement sur un plan symbolique, mais sur un plan existentiel. L’artiste et l’enfant sont frères de sang. Et Les Fidèles est sans doute l’endroit des retrouvailles entre l’artiste que je suis et l’enfant que j’ai été.
Mais lorsque je mets en scène, je ne pense pas à tout cela, ni à moi-même. Je ne fais pas de psychologie, ni de sociologie, je ne suis évidemment ni juge ni parti d’aucun des personnages, et je ne m’engage jamais autour du sujet de la pièce. Le théâtre militant ne m’intéresse pas. Je me contente de faire mon travail, c'est-à-dire de raconter une histoire. Et de « monter le son », car l’histoire que je raconte est, je le crois profondément, l’histoire de chacun. Ce qui me bouleverse alors, c’est de comprendre la nature du geste artistique qui va enfanter un spectacle. La réalité charnelle de notre travail sur Les Fidèles est de ressusciter au théâtre des figures de la mémoire. Nous recevons l’incroyable énergie qu’elles portent en elles et sentons ce qu’elles pourraient libérer de notre propre énergie. C’est une expérience très excitante pour un metteur en scène et pour son équipe.
Anna Nozière



Anna Nozière
Née en 1972, elle a 13 ans lorsqu’elle joue et met en scène pour la première fois, dans un village de 800 habitants, en limousin. Des tréteaux, une bétaillère transformée en coulisses, des phares de voitures soudés à d’énormes boîtes de conserve en guise de projecteurs et de poursuites - que manipulent en direct des techniciens assis sur des chaises d’arbitre de tennis, avec des gants de cuisine pour se protéger de la chaleur ! -une console d’éclairage par le génie du coin avec un programmateur de lave linge et des boutons-poussoirs de vieilles Citroën… sont la marque de fabrique de sa troupe d’adolescents. Nul ne se doute alors que cette aventure humaine et théâtrale se renouvellera chaque année et durera presque vingt ans : du groupe - peu à peu dispersé - est resté un noyau dur, passionné, dont le travail évolue dans une rigueur croissante et une dimension de recherche. La troupe de gamins devenus adultes grandit avec un public toujours plus nombreux, des liens de plus en plus étroits avec sa région, et des invitations à venir jouer un peu partout en France, puis à l’étranger. En parallèle, Anna Nozière intègre le théâtre-école du Samovar, puis collabore avec différentes institutions et compagnies professionnelles. Dans des travaux collectifs, puis dans des mises en scènes plus personnelles, elle continue d’expérimenter un théâtre exigeant, physique, et souvent choral, dont la singularité assumée enchante la presse et le public. Enfin, fort de ce parcours qu’elle qualifie de « grand chantier d’apprentissage », elle décide de créer davantage en son nom et de recentrer son travail sur ses propres écrits.
Elle se consacre à l’écriture de Les Fidèles, Histoire d’Annie Rozier, un texte à la fois burlesque et intime, lauréat à l’unanimité de l’Aide à la création du Centre national du théâtre (2007) et du soutien de la SACD à l’auteur (2008), publié aux Solitaires Intempestifs (2009), et point de départ d’une production ambitieuse (pièce pour 10 personnages) qu’elle passera presque trois ans à défendre. Elle y parviendra finalement, notamment grâce au soutien sans faille de Laurent Fréchuret et de son équipe du CDN de Sartrouville, dont la confiance accompagnera jusqu’au bout sa détermination.
Anna Nozière écrit actuellement sa prochaine pièce, au titre provisoire de Rêves et rebirth, Catherine Hiegel dans ma cuisine.


Entretien avec Anna Nozière
Les Fidèles, Histoire d’Annie Rozier est-ce un texte autobiographique ?

Non, je ne peux pas dire cela. L’histoire d’Annie Rozier puise principalement son inspiration dans des mémoires familiales – la mienne, celle de mes parents et celle de mes grands-parents – mais elles sont passées à la moulinette de mon imaginaire. Cela ne m’intéresse pas de raconter ma vie au sens événementiel du terme. Je ne me situe pas dans une démarche autobiographique. Par contre, je peux dire que sur le plan des sensations, et aussi sans doute d’un point de vue émotionnel, Les Fidèles traduit assez bien l’idée que j’ai gardée de l’enfance.

Pourquoi le nom du personnage principal est-t-il si proche du vôtre ?
Pour garder la trace de cette mémoire singulière. Pour ne pas la noyer jusqu’au bout dans la fiction, ne pas l’arracher trop tôt à son identité. Peut-on partager la mémoire émotionnelle ? Qu’est-ce que cela libère, chez celui qui raconte, mais aussi chez celui qui écoute ? Ces questions me passionnent et sont au coeur de l’acte artistique. En contenant une partie de moi, le personnage leur confère une vérité supplémentaire. J’aime que l’artiste rende au monde quelque chose qu’il retenait jusque-là. Ce passage de l’intime à l’univers, dans ce lieu si particulier qu’est le théâtre, et en présence des témoins que sont les spectateurs, renvoie à la dimension rituelle de la représentation. Cette dimension me touche particulièrement. Je travaille dessus depuis longtemps, bien qu’ayant mis quelques années à m’en rendre compte. J’aimerais aller un peu plus loin avec Les Fidèles. Avec toute la pudeur nécessaire, l’ambiguïté auteur personnage peut m’y aider.




Comment traitez-vous la violence ?
Le spectacle dans son ensemble n’est pas traité de façon naturaliste. Nous nous immergeons plutôt dans une forme onirique. Les rêves d’Annie Rozier sont très présents, et l’histoire se balade à la frontière de la réalité et du cauchemar. On ne sait pas vraiment ce qui a lieu, ce qui est imaginé, ou encore fantasmé par Annie. Il y a aussi dans ces scènes quelque chose de décalé qui engendre une certaine drôlerie. Prendre du recul, c’est aussi « en rire ».

Justement, peut-on rire de tout ?
De tout, je ne sais pas. Mais de ce que j’ai écrit, oui ! C’est du moins ce qu’on me dit. Il n’y a aucun cynisme dans cette pièce. Il y a je crois une grande vitalité, et quelque chose de trépident qui peut être assez jubilatoire. J’aime la dimension rythmique d’un spectacle parce qu’elle s’adresse à tout le monde. Je suis pour un théâtre exigeant tout autant que populaire. Lorsqu’ils trouvent ensemble le rythme juste, quelle que soit la difficulté du texte, les acteurs ont une prise sensible sur les spectateurs.

Ce ne sera pas un spectacle léger, tout de même ?
Léger, je ne pense pas. Il y a de l’effroyable dans cette cocasserie. Mais régénérant, ça oui je l’espère. Le théâtre que je pratique peut confronter ou dé-ranger, et j’assume cela totalement, mais s’il n’était pas une bouffée d’oxygène pour le spectateur, alors j’estimerais que j’ai manqué quelque chose.
Comme spectatrice, je ne vais pas au théâtre pour m’asphyxier. J’attends d’un artiste qu’il m’aide à ouvrir en moi un espace nouveau. Et si je ris, c’est encore mieux. Comme metteur en scène, j’essaye dans la mesure de tous les possibles d’offrir cela au public.

Vous est-il vraiment possible d’avoir assez de recul pour mettre en scène votre propre texte ?
A la question du recul, il est important de répondre que je ne travaille pas seule. Il y a les comédiens, bien sûr, qui sont toujours de formidables révélateurs, et peuvent transformer l’idée que je me fais d’une scène en matérialisant sur le plateau leurs intuitions singulières. Il y a Cécile Léna et Antonin Liège (scénographie et lumière), dont les propositions formelles réinterrogent le texte de leurs sensibilités respectives. Il y a enfin Denis Loubaton (collaboration artistique) qui agit comme un éclaireur de sens, le plus souvent en me retournant mes questions !
Mon écriture est instinctive, elle va vite, je ne fais pas de plan, je ne sais pas à l’avance ce que je vais raconter si bien que lorsque je me relis, je m’étonne toujours de ce que j’ai écrit. Je me demande « d’où ça sort ». En fait, je suis confrontée à mon propre mystère. Denis m’accompagne dans la traduction de mon oeuvre : là commence mon chemin de metteur en scène. Vitez disait que l’oeuvre dramatique est une énigme que le théâtre doit résoudre, et que la solitude, l’inexpérience et l’irresponsabilité de l’auteur sont précieuses, dans ce sens que plus l’oeuvre est difficile à traduire sur le plateau, plus on est contraint de s’arracher à ce qu’on connaît pour inventer un nouveau langage, spatial, physique, vocal. Alors voilà, je suis un metteur en scène qui se coltine son propre texte d’auteur irresponsable. Et je travaille en équipe.

Comment avez-vous choisi les comédiens qui vont incarner cette « famille »?
En prenant beaucoup de temps ! Je les ai choisis autant pour leur singularité respective que pour leur capacité à jouer ensemble la même partition. Je les ai choisis aussi pour leur désir de partager mon exigence. Je les ai choisis enfin parce qu’ils viennent d’horizons très différents. Cela m’a toujours paru indispensable. La petite musique qui s’installe chez les comédiens d’un même réseau, il faut la combattre.

Finalement, qui sont Les Fidèles ?
Ce sont les fidèles à toutes formes de croyances héritées, celles dont il est si difficile de s’extraire. Et sans doute aussi Annie et Monique, les deux enfants de la maison, liées par un pacte tacite.





Représentations ATP : Théâtre Antoine Vitez
le 15 Mars 2012, 20H30


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