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L'ENFANT- DRAME RURAL


De : Carole Thibaut
Mise en scène par Carole Thibaut
Avec Marion Barché, Thierry Bosc, Eddie Chignara, Sophie Daull
Emmanuelle Grangé, Donatien Guillot, Fanny Santer, Boris Terral
spectacle à 20h30
durée 2h



(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre du spectacle)


L'ESPRIT DU THEATRE
Rencontre avec Carole Thibaut
auteure et metteure en scène
Lundi 12 novembre à 20h
Théâtre des Ateliers d'Aix en Provence
29 place Miollis 13100 Aix en Provence


L'ENFANT DRAME RURAL de Carole Thibaut
mardi 13 novembre à 20h30
Bois de l'Aune
1 place Victor Schoelcher 13090 Aix en Provence


L'enfant-drame rural a obtenu l'aide à la création du centre National du Théâtre en 2011

Il est question d'un nouveau né trouvé sur le seuil d'une maison.
Il est question d’un été trop chaud, sec, irrespirable.
Il est question d’un homme qui finit par brûler ses livres.
Il est question d’un homme qui n’aime plus sa femme et ne veut pas se l’avouer.
Il est question de chasseurs en mal de chasse, qui partent à la chasse à la femme et à l‘enfant.
Il est question d’une femme qui berce son vide d’enfant comme elle le ferait d’un enfant vivant.
Il est question d’une idiote à qui on a retiré son nouveau né et qui en vole un.
Il est question d'une mère qui aime trop son vieux fils et pas assez sa vieille fille.


Il est question d'une vieille intellectuelle de droite qui trompe son ennui avec de jeunes maçons de gauche.
Il est question d’un village en flammes.

Notes dramaturgiques

Processus d'écriture
En 2009, j'ai été invitée en résidence d’écriture pour trois mois, en tant qu’auteure associée à la 6e édition du festival Textes en l’air, consacré aux écritures contemporaines, dans le village médiéval de Saint-Antoine l’Abbaye (Isère).
La première période de cette résidence a été consacrée à un travail de collectage de paroles de femmes par le biais d'un bureau d'écrivaine publique que j'avais ouvert dans l'ancien bureau de poste du village, et des rencontres dans toute la région. Un premier texte, Les Eroïques, est né à la fin de cette période de travail. J'y ai réuni et mis en forme les paroles et témoignages collectés tout au long de ces deux mois, afin de les faire entendre, à l'occasion du festival, dans une mise en espace portée par des habitantes et des comédiennes professionnelles.
Durant la seconde période de la résidence, et après un mois d'une nécessaire mise à distance, j'ai commencé l'écriture de L'enfant, création originale cette fois, imprégnée par la traversée de ces histoires réelles et de ce territoire, mais débarrassée de toute notion documentaire, de "devoir" rendre la parole, de "devoir" porter témoignage, pour revenir aux échos les plus intimes en moi de ces histoires recueillies, pour laisser mon imaginaire, mes vagabondages mentaux, mes émotions, mes propres nécessités donc, se réapproprier cette expérience, quitte à trahir, tordre et distordre toutes ces histoires entendues. C'est ainsi que L’enfant – drame rural a commencé à se dessiner. J'en ai achevé l’écriture un an plus tard, en septembre dernier.

Comme pour chacun de mes textes, l'écriture de L’enfant a été déclenchée par la rencontre d'une autre oeuvre : ici Le village en flammes de R. W. Fassbinder (elle-même inspirée de Fuente Ovejuna de Lope de Vega). Dans Le village en flammes, un dictateur installe progressivement un régime de terreur dans le village de Fuente Ovejuna, épaulé par une milice musclée. Acculés, les habitants se rebellent et renversent l’ordre établi dans un acte collectif violent et transgressif : ils tuent le dictateur et le mangent. Le roi condamne alors le village à être brûlé.
C’est ce péché originel, cet acte de transgression d'une des lois humaines les plus fondamentales qui m'a donné envie de raconter l'histoire d'une communauté qui bascule au-delà de l’interdit.
Le village dans lequel je situe l’intrigue est figé dans son histoire et dans une forme d'immobilisme. C'est une communauté d’où les enfants sont absents (ils ne réapparaitront qu'à la fin, jouant dans les ruines du village calciné).
L’apparition d’un nourrisson trouvé sur le seuil d’une ferme (et dont on ne sait ni d’où il vient, ni de qui il est) va bousculer la vie quotidienne du village et agir sur chacun et chacune comme un révélateur. Il ne se trouvera personne dans tout le village qui accepte de s’occuper de l’enfant, ne serait-ce que quelques jours… Au milieu de la suspicion, des rumeurs, de la résurgence du passé, le nouveau-né va passer alors de mains en mains, avant de revenir à celle qui l’avait trouvé initialement, l’idiote du village. Celle-ci finit par s'enfuir dans les bois, emportant l'enfant avec elle, et poursuivie par tout le village. C'est là qu'aura lieu, en haut de la colline, à l'ombre des rochers qui surplombent le village, la faute, le crime transgressif, qui condamnera, par ricochets, le village tout entier à la destruction.
Si la fin fait référence à l'épisode de Sodome dans la bible et le coran, elle s'inspire de l'interprétation et la traduction qui met en cause, non pas, comme l'accrédite la thèse la plus répandue, l'homosexualité à laquelle se seraient livrés les habitants, mais le manquement aux règles de l'hospitalité et à l'accueil du à l'étranger.

Le poids de l'histoire
Si, pour y avoir vécu une partie de mon enfance et y revenir souvent, je connais bien certains petits villages agricoles de la Drôme, dont s'inspire également le texte, l’atmosphère de Saint-Antoine l’Abbaye imprègne néanmoins profondément le texte. Saint-Antoine l’Abbaye porte les marques de son passé, lié à Saint-Antoine l’Egyptien dont les reliques, ramenées au temps des croisades, auraient eu le pouvoir de guérir le « mal des ardents ». A Saint-Antoine est ainsi fondé l’un des tout premiers hôpitaux civils du moyen âge. Cette maladie, parmi les plus meurtrières à l'époque, provoquait d'intenses sensations de brûlures, des accidents convulsifs et des hallucinations qui conduisaient à des crises de folie collective (des villages entiers au Moyen-Age en furent la proie). Saint Antoine l'Abbaye semble encore empesé par cette histoire, par les récits de folie, de souffrance et de mort dont ses murs, superbes au demeurant, mais comme figés dans le passé, ont été les témoins.

Une fresque populaire contemporaine
Dans mon travail d’écriture, L’enfant représente un tournant. J'ai souhaité quitter le style épuré, voire ascétique que j'avais exploré dans Eté, pour travailler sur une langue qui, sans perdre, je l'espère, de sa précision et de sa rigueur, gagne en chair. J'ai ici travaillé, ciselé, comme un matériau brut, la langue orale rurale.
La construction de L’enfant ressemble à celle d’une fresque : elle entremêle différentes histoires humaines au sein d’un même espace. Le spectateur suit le parcours de l'enfant, symbolique autant que physique, et pénètre ainsi les intérieurs et les intimités cachés derrière les murs des maisons. Les histoires des treize personnages s’entrelacent à l'histoire de l'enfant, s’entrechoquant tels des micro-séismes, jusqu'au dénouement.

Les personnages

Marie
Marie est une jeune femme qui travaille comme femme de ménage au village. Elle vit avec Jean, dont elle est tombée amoureuse très jeune et avec qui elle rêve de fonder une famille. Mais le couple connaît de grosses difficultés depuis une fausse couche traumatique. Dépendante de son compagnon financièrement et affectivement, elle a conscience du déséquilibre et de la précarité de leur relation sans savoir que faire pour y remédier. Après la trahison de Jean, elle trouvera la force de rompre l’enfermement et de quitter le village.

Jean
Jean est maçon au village. Orgueilleux, gauchiste affirmé, il a fait le choix après de brillantes études de revenir au village et de suivre les traces de son père ouvrier. Il possède une conscience de classe très aigue mais semble ne pas pouvoir trouver sa place entre le milieu dont il est issu, dans lequel il a choisi de vivre, et ses ambitions refoulées. Il entretient une relation ambigüe et trouble avec Thérèse, la soeur du maire, qui représente tout ce qu'il exècre, mais aux avances de laquelle il cède à plusieurs reprises.

Le vieux
Veuf, le vieux Maximilien vit aux Platanes, à l’écart du village, seul avec sa fille "idiote". D’un premier abord bourru, il consacre sa vie à sa fille qu’il protège comme il le peut des ragots et des méchancetés des gens du village. Depuis le scandale de la première grossesse hors mariage de l’idiote, ils se sont isolés du reste des villageois et vivent en autarcie.

L'idiote
C’est la fille du vieux avec qui elle vit seule aux Platanes. Dans sa jeunesse, elle avait des relations sexuelles avec la plupart des jeunes hommes du village qui profitaient de sa « débilité » et la traitaient en fille « facile ». Elle est tombée enceinte hors mariage sans qu’on puisse dire exactement qui était le père, ce qui a causé un grand scandale au village. Forcée d’accoucher sous X, elle ne s’est pas remise de l’abandon de son bébé. Lorsqu’elle découvre l’enfant, elle le prend pour le sien et cherchera par tous les moyens à ce qu’on ne lui enlève pas cette fois-ci. En dehors de son père, la seule personne avec qui elle a établi une véritable relation est le maire, qui lui apprenait à lire dans sa jeunesse et avec qui elle semblait très proche. Cette relation a fait beaucoup jaser au village.

Patrice
Patrice tient le café au village. Installé depuis dix ans, il est encore considéré comme quelqu’un qui « n’est pas du coin ». Sympathique, plein de bon sens, témoin lucide de la vie du village, il n’arrive pas à trouver sa place et finira par mettre son café en vente pour repartir dans le nord.

Gérard et Marcel
Chasseurs et habitués du café, Gérard et Marcel sont amis depuis toujours. Gérard est un homme dur, très à cheval sur la morale et les apparences. Sanguin et intolérant, il ne peut contenir son tempérament violent. Il possède un très fort ascendant sur Marcel qu’il domine complètement. Dans un accès de rage, il provoquera la fin du village.
Marcel quant à lui est plus sensible et souple. Plus fragile également. Il se laisse entraîner par son compagnon.

Le maire
Médecin, célibataire, il vit avec sa mère qu’il laisse en grande partie diriger sa vie. Malgré leurs désaccords, il lui cède le plus souvent, par facilité, par culpabilité. Il entretient avec sa soeur une relation parfois acide et ne supporte plus les conflits familiaux récurrents entre sa mère et sa soeur. Il a toujours pris soin de l'idiote, malgré le désaccord de sa mère et on-dit du village.

La mère (du maire)
Personnage cyclothymique, la mère entretient avec ses enfants et plus particulièrement sa fille, des relations chaotiques. Très influente au sein du village, elle le dirige depuis des années par procuration : d’abord en tant que femme du maire, puis en tant que mère du maire. Elle est prête à tout pour sauver les apparences et préserver la réputation de sa famille.

Thérèse (la soeur du maire)
Femme mûre, séparée, dans les faits, de son mari, Thérèse est une femme sensuelle. Elle s’amuse du trouble qu’elle aime à provoquer chez les hommes et se moque des rumeurs qui circulent au village sur son compte. Elle a jeté son dévolu sur Jean qu’elle séduit sans vergogne. Pleine de rancoeur envers sa mère, elle la pousse tant qu’elle le peut dans ses retranchements et s’amuse de ces transgressions constantes. Libre de fait, elle n’arrive toutefois pas à se décider à quitter le village et à refaire sa vie.

Les trois causeuses
Trio de commères du village, porteuses des rumeurs et épieuses patentées, elles interviennent en tant que choeur sur le dernier tiers de la pièce.

L'enfant
Nourrisson dont on ne sait ni d’où il vient ni de qui il est, l’enfant passe de mains en mains sans que personne, sauf l’idiote, ne veuille s'en charger. Son passage dans les foyers du village agit comme un révélateur. Après l’ultime abandon dans les bois (dont il devient le narrateur), on ne sait exactement ce qu’il deviendra.




CAROLE THIBAUT

De 1987 à 1991, parallèlement à des études de lettres et de philosophie, elle suit des cours d’art dramatique au CDN de Bourgogne et au conservatoire de Dijon. Elle débute en même temps sa carrière professionnelle, à 18 ans, en jouant dans plusieurs compagnies de la région. En 1992, elle entre à l’ENSATT. Elle suivra également les cours de scénario de la FEMIS en 1995. En 1994, à sa sortie de l’ENSATT, elle crée la Compagnie Sambre.
En 1997, elle prend la direction artistique du théâtre de Saint Gratien (95), où la compagnie vient d’arriver en résidence. Durant six ans, elle y crée une dizaine de spectacles, développe la programmation et l’identité du théâtre en y accueillant et coproduisant d’autres compagnies, et mène un important travail de sensibilisation sur le terrain.
En 2001, elle quitte Saint Gratien et devient artiste associée à l’Espace Germinal de Fosses (95), nouveau lieu d’implantation de la Compagnie Sambre. Elle se tourne, à partir de là, exclusivement vers les écritures contemporaines, mettant en scène le plus souvent des textes inédits : Comment te le dire d’Armando Llamas (2006), Puisque tu es des miens (2004) et Croquemitaine (2003) de Daniel Keene, Six hommes grimpent sur la colline (2003) et Combat de Gilles Granouillet, Et jamais nous ne serons séparés de Jon Fosse (2006), Elle reprend alors son propre travail d’écriture en se nourrissant de cette exploration des dramaturgies du monde entier.
A partir de 2004, son travail d’auteure lui vaut de nombreux prix et bourses (*), dont le prix Nouveau talent théâtre de la SACD en 2009. Elle est accueillie régulièrement en résidences d’écriture au CNES à la Chartreuse. A partir de 2006, elle met en scène ses propres textes.
Elle travaille également autour de l’écriture orale et à partir de collectages, notamment avec des personnes marginalisées ou en situations précaires : c’est dans ce cadre qu’ont vu le jour Istoires en 2007 ainsi que différents textes pour des créations d’ateliers.
En 2008, elle quitte l’Espace Germinal de Fosses et devient pour une saison écrivaine engagée au Théâtre de l’Est Parisien, où elle crée Faut-il laisser les vieux pères manger seuls aux comptoirs des bars (aide à la création du CNT) et reprend Avec le couteau le pain (bourse d’encouragement de la DMDTS en 2004) créé en 2007 et en tournée jusqu’à la saison dernière.
Depuis 2009, Carole Thibaut travaille avec la Compagnie Sambre en partenariats artistiques avec différents théâtres parisiens indépendants, tels que Confluences, où elle crée en 2009 les rencontres de La Genre Humain/e (rencontres artistiques autour des femmes et des représentations du féminin), ou L’étoile du nord (Paris 18e). Elle est également artiste associée à différents festivals (Textes en l’air en 2009, Théâtrales Charles Dullin en 2010) et villes de la banlieue parisienne, notamment du Val d’Oise.
Depuis trois ans elle recrée chaque saison Fantaisies, l’idéal féminin n’est plus ce qu’il était , performance autour des représentations du féminin qu’elle écrit, met en scène et interprète. Elle crée en 2010 Eté à L’étoile du nord (Prix des journées de Lyon des auteurs de théâtre, Prix d’écriture de la ville de Guérande (2008) Bourse Beaumarchais (2006)). Et en 2011 : Les petites empêchées - Histoires de princesses , à partir de contes de Grimm, Perrault et Andersen. Elle prépare la création fin 2012 de L’enfant - drame rural , première pièce d’un triptyque en cours d’écriture "les communautés territoires", pour laquelle elle vient de recevoir l’aide à la création du CNT. Elle répond aussi à des commandes , diversifiant ainsi sa recherche autour des écritures scéniques : en 2008 pour L’Apostrophe, Scène Nationale de Cergy Histoires de résonances , en collaboration avec le compositeur François Méchali ; en 2009 elle est auteure associée au Festival Textes en l’air (Isère) pour lequel elle écrit à partir de collectages Les Eroïques ; en 2006 à l’invitation du théâtre de la Tête Noire dans le cadre de "Partir en écriture" : L’île - comédie insulaire (en cours d’écriture). En 2010-2011, à l’invitation des Théâtrales Charles Dullin, Jean le Fort autour du marché de Rungis, Debout ! à l’invitation de Acta-Cie Agnès Desfosses autour de la ville de Villiers le bel, et Moscou la rouge pour le Festival de la correspondance à Grignan. Ses textes sont édités chez Lansman.
Elle continue à jouer avec et hors la Compagnie Sambre. Cette saison : Fantaisies, l’idéal féminin n’est plus ce qu’il était , dans Les petites empêchées - Histoires de princesses et dans Combat de Gilles Granouillet, mis en scène par Jacques Descorde (Cie des Docks)
Liant étroitement son travail artistique à son engagement politique et sociétal, Carole Thibaut mène avec la Cie Sambre un important travail d’éducation artistique et de sensibilisation en direction de tous les publics, notamment ceux n’ayant pas accès aux structures culturelles classiques. Après avoir été vice-présidente du Synavi (Syndicat des compagnies indépendantes) pendant plusieurs années, elle est aujourd’hui membre fondatrice de H/F Ile de France pour l’égalité des hommes et des femmes dans les milieux du spectacle vivant.










L'enfant drame rural est la création coproduite par la Fédération d'Associations de Théâtre Populaire - www.fatp.fr - dont les ATP d'Aix en Provence sont membres fondateurs.
Le spectacle ainsi coproduit après un processus de sélection qui implique toutes les associations, est diffusé dans le réseau ATP.

Représentations ATP : Bois de l'Aune, Jas de Bouffan
le 13 Novembre 2012, 20H30


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