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EL TIEMPO TODO ENTERO
(Le temps tout entier)


De : Romina PAULA d'après
La Ménagerie de Verre de Tennessee Williams
Mise en scène par Romina PAULA
Avec Pilar GAMBOA, Esteban BIGLIARDI, Susana PAMPIN, Julián LARQUIER
spectacle (en espagnol surtitré) à 20h30
durée 1h30



(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre du spectacle)


L'ESPRIT DU THEATRE
Rencontre avec Romina Paula et Carole Egger de l'Université de Strasbourg
vendredi 11 janvier à 18h30
Pavillon noir - Studio Waehner
Entrée par l'administration - avenue Mozart


EL TIEMPO TODO ENTERO de Romina Paula
vendredi 11 janvier à 20h30
Pavillon noir - Centre Chorégraphique National
Entrée par la Cité du Livre - Aix en Provence



A VOIR des extraits de la pièce et une interview de Romina PAULA ICI

La pièce
"Car la mémoire a son siège essentiellement dans le coeur. (Tennessee Williams)

Le frère, dans La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, se souvient. Sa soeur manipule des objets fragiles, bestioles de cristal : sa ménagerie de verre. Elle leur fait vivre la vie à laquelle elle doit renoncer. Elle est handicapée. La mère, femme faible, obéit au fils. Et on invite un homme dans la maison. Pour séduire et enlever la jeune femme. Aujourd’hui, l’auteur et metteuse en scène Romina Paula s’empare des figures de La Ménagerie, elle les projette ici et maintenant dans la mémoire de la soeur. Le monde a changé. La mère devient une progressiste, une indépendante. La soeur s’avère libre de ses choix, de sa parole, de ses mouvements. Mais comme le personnage de Melville, Bartleby, elle « préfère ne pas ». C’est elle, Antonia, qui se souvient. Loin des archétypes de la tragédie de Williams, tout le monde est libre, mais chacun reste enferré, comme retenu.




Un salon. Une lumière blanche, presque permanente. Et un temps distendu d’un présent brûlant : « Une lumière de volière, dit la metteuse en scène. Et l’absence de noirs sur la scène pour donner une sensation d’irréalité, de jour et de nuit éternels et d’altération de la perception du temps… » Et La Ménagerie devient El Tiempo todo entero (Le Temps tout entier). Car le temps s’impose comme décor et premier personnage. Le présent, « temps énorme », silence long et profond, celui que Tennessee Williams éprouva quand il comprit que sa soeur perdait la raison. Un sentiment qui lui dicta La Ménagerie, sa pièce la plus sincère, autobiographique.

ROMINA PAULA


Romina Paula (Buenos Aires, 1979) est auteur, metteur en scène et actrice. Diplomée de dramaturgie de l’EMAD à Buenos Aires, elle suit parallèlement une formation d’actrice auprès d’Alejandro Catalán, Ricardo Bartís et Pompeyo Audivert.
Elle joue au théâtre notamment sous la direction de Daniel Veronese - metteur en scène que les ATP d'Aix en Provence ont accueilli à plusieur reprises - dans La niña fría, Michel Dydim dans El diván et Mariano Pensotti dans La Marea. Au cinéma, elle tourne dans La punta del diablo de Marcelo Paván, Resfriada de Gonzalo Castro, El hombre robado et Todos mienten de Matías Piñeiro. En 2006, elle met en scène son premier texte de théâtre Algo de ruido hace avec sa compagnie El Silencio. Très remarqué lors du Festival International de Théâtre de Buenos Aires, ce spectacle tourne ensuite en Argentine, au Brésil et en Espagne. Le texte est publié dans l’anthologie Dramaturgias (éditions Entropía).
Elle met aussi en scène la pièce Ciego de Noche, de Darja Stocker (2007), dans le cadre du Cycle Nouvelle Dramaturgie organisé par le Goethe Institut ; Todos los miedos de Mariana Chaud (2008) dans le cadre du Cycle Decálogo – Indagación sur les 10 Commandements.
Par ailleurs, en 2008, elle est boursière du Goethe Institut pour participer à un workshop dirigé par Renee Pollesch dans le cadre du festival Berliner Festspiele à Berlin. En 2010, elle créé à Buenos Aires et à Bern en Allemagne, Fiktionland, une pièce co-écrite avec Gerhard Meister qu’elle a ensuite dirigé. En 2011, elle est invitée par le Kunstenfestivaldesarts pour participer au programme Res and Ref.
Elle est lauréate de plusieurs prix pour ses textes, notamment sa pièce Chalet qui obtient le Prix Germán Rozenmacher pour la nouvelle dramaturgie en 2007. Elle a également publié plusieurs récits et deux romans ¿Vos me querés a mí? et Agosto, finaliste du Prix Página/12 pour le Nouveau Roman (éditions Entropía, 2009).






ENTRETIEN AVEC ROMINA PAULA

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire une nouvelle version de la pièce de Tennessee Williams, La Ménagerie de verre ?
J’ai travaillé sur La Ménagerie de verre quand je me suis présentée à l’EMAD (l’école d’art dramatique de Buenos Aires). Depuis, c’est un texte qui me fascine. Je réfléchissais à la mise en scène d’une nouvelle pièce et j’ai repensé à La Ménagerie de verre. Mais les droits sont chers, alors j’ai écrit ma propre pièce, qui dialogue avec celle de Tennessee Williams. Elle est et elle n’est pas La Ménagerie de verre. Dans Le Temps tout entier, c’est comme si Laura (qui dans ma pièce se prénomme Antonia) prenait la parole, comme si au lieu que tout se passe dans la tête de Tom, cela se passait dans celle de Laura. Je voulais me représenter l’instant exact où le coeur de Laura se brise, au moment où son frère s’en va : une scène qui n’existe pas dans La Ménagerie de verre, elle reste implicite. Alors que dans Le Temps tout entier, nous assistons au moment où le coeur d’Antonia se brise.
Par ailleurs, La Ménagerie de verre est une pièce étrange dans la production de Tennessee Williams. Il paraît que c’est sa pièce la plus autobiographique. Il a lui-même déclaré la chose suivante dans la revue Paris Review : « Je crois que La Ménagerie de verre est née de l’émotion intense que j’ai ressentie en voyant que ma soeur était en train de perdre la tête. » Je ne veux pas dire par là que j’accorde de l’importance au fait qu’une pièce soit autobiographique ou non, mais il me semble que celle-ci renferme une douleur qui lui confère toute sa puissance. J’ai l’impression que dans d’autres pièces de Tennessee Williams, dont certaines que j’apprécie tout particulièrement, il y a toujours une certaine distance, un certain cynisme, alors que ce n’est pas le cas dans celle-ci. La Ménagerie de verre est une pièce pathétique, si l’on considère le pathétique comme ce qui suscite ou manifeste une vive émotion, un sentiment de douleur, de tristesse ou de mélancolie. Et c’est ce qui la rend profondément mélodramatique. Avoir entre les mains un mélodrame, jouer un mélodrame, pour les acteurs et moi c’était captivant.




Pourquoi ce titre : Le Temps tout entier ?
Cette mise en scène est un travail sur le temps et sur le silence, bien que les personnages parlent beaucoup. Un autre titre possible était Le Silence énorme, lui aussi inspiré de T. Williams, de sa pièce Été et fumées : le silence entre deux personnes, ce que l’on ne parvient pas à dire.
Finalement, la compagnie s’est appelée El Silencio et j’ai intitulé la pièce Le Temps tout entier.
Dans cette pièce, la parole est en quelque sorte donnée à la soeur, Antonia. Loin d’être un personnage faible, elle fait de sa phobie un discours, une façon de voir le monde. La grammaire de la pièce est celle de ce personnage, la gestion du temps est aussi la sienne. Elle passe beaucoup de temps toute seule et enfermée. L’emploi du temps d’Antonia ressemble à celui d’une personne oisive. Mais cette oisiveté ne vient pas compenser le temps de travail ; c’est un temps presque réflexif, un temps personnel. L’action de la pièce se déroule dans ce temps mental, le temps proposé par Antonia, un temps déconnecté de toute productivité. Par ailleurs, la mise en scène, avec sa lumière constante – presque comme celle d’un poulailler –, qui ne s’éteint jamais, donne une sensation d’irréalité : on a l’impression d’un jour ou d’une nuit éternelle, la perception du temps est altérée, on ne sait plus combien de temps est passé, depuis combien de temps nous sommes là en train d’observer ces gens.




Les personnages de la pièce sont argentins mais ils ont vécu au Mexique, le frère et la soeur sont nés au Mexique. Rien n’est explicitement dit, mais on devine une blessure. Que vouliez-vous représenter de l’histoire de l’Argentine ? En quoi ces personnages sont-ils emblématiques d’une histoire nationale ?
Très peu de choses sont dites à ce sujet dans la pièce. On sait juste que les enfants sont nés au Mexique car leur mère, expliquent-ils, « a vécu un temps là-bas ». Dans une ancienne version de la pièce, j’avais écrit le mot « exil », mais j’ai ensuite préféré l’enlever, j’ai laissé tout ça comme un hors champ, quelque chose qui est là, que l’on peut souligner ou pas, mais qui n’a pas un sens univoque. De nombreux Argentins, des intellectuels notamment, ont dû s’exiler dans les années soixante-dix, et nombre d’entre eux sont partis au Mexique. Beaucoup sont revenus au moment du rétablissement de la démocratie. La pièce dialogue avec cette réalité, mais je n’avais pas envie de l’enfermer dans une référence historique concrète. D’ailleurs, le Mexique est pour ces personnages un endroit mythique, fondateur, un lieu presque forgé par leur imagination, surtout celle des enfants. Au début, Antonia prétend qu’ils sont mexicains, c’est ridicule, ils parlent comme de parfaits Argentins de Buenos Aires. Ils mentionnent ensuite le fait qu’ils sont nés là-bas. Leur identité se confronte à leur autre nationalité, celle d’un pays qu’ils ont à peine connu, qui a nourri leur imagination. Le Mexique occupe un peu la place du père dans La Ménagerie de verre : un homme dont on ne sait rien, excepté le fait qu’il est loin et qu’il voyage, on peut donc projeter des tas de choses sur lui. Par ailleurs, la figure de Frida Kahlo est comme une référence pour Antonia, et pour sa mère peut-être aussi, à plus d’un titre.




En quoi Antonia, Lorenzo et leur ami Maximiliano sont-ils représentatifs de la société argentine d’aujourd’hui ?
Je n’oserais pas dire qu’ils sont représentatifs, je dirais plutôt qu’ils sont possibles, ou reconnaissables. Ils font partie d’une classe moyenne qui travaille, vaguement aisée dans le cas du frère et de la soeur, un peu moins dans le cas de Maximiliano. Tous les trois font preuve d’une sorte d’apathie, d’un manque de combativité. Antonia est certes porteuse d’un discours qui pose des questions, mais elle n’agit pas, sa combativité reste limitée, me semble-t-il. Disons qu’ils sont plutôt représentatifs de la jeunesse de la fin des années quatre-vingt-dix ou du tout début du XXIe siècle, beaucoup plus que de la jeunesse argentine d’aujourd’hui. L’Argentine a connu en 2001 une très forte crise économique, de nombreux jeunes ont émigré, en Espagne pour la plupart, pour chercher du travail, des perspectives d’avenir. Lorenzo représente peut-être un peu cette envie de sauver sa peau. Aujourd’hui la plupart de ces jeunes sont de retour, certains cherchent à fuir la crise en Europe, et le panorama politique de l’Argentine actuelle offre quelques notes d’espoir. Les jeunes ne sont plus aussi apathiques que ce que nous avons été dans les années quatre-vingt-dix. Mais gardons-nous tout de même de généraliser, rien n’est jamais aussi tranché.




Des personnages ont vécu à l’étranger, d’autres sont nés à l’étranger ou leur famille est d’origine étrangère, Lorenzo veut s’en aller… S’agit-il là d’une allégorie de l’Argentine ?
Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une allégorie. C’est une donnée très concrète : l’Argentine est en partie un pays d’immigrés et, un siècle plus tard, les petits-enfants de ces immigrés ont eux-mêmes cherché à émigrer, à faire le trajet du retour, en sorte. Trois générations sont représentées dans la pièce : Ursula parle de son père hongrois qui a immigré après la Première Guerre Mondiale, pour tenter sa chance, comme bien d’autres ; elle-même a dû s’exiler au moment de la dictature, mais elle est revenue ; ses enfants sont nés au Mexique mais ils se sentent argentins, ils ont vécu presque toute leur vie en Argentine ; Lorenzo, enfin, veut émigrer en Europe, ce qui serait une façon de boucler la boucle, de retourner sur le vieux continent. Tous ces mouvements, on a pu massivement les observer en Argentine, à différents moments et pour différentes raisons.




Vous avez créé Le Temps tout entier dans l’espace Callejón, à Buenos Aires. La scénographie a-t-elle été conçue pour cet espace en particulier ?
Oui, absolument. Au départ, je voulais que ce soit un cube blanc, j’avais imaginé un espace très soigné, aseptisé, pour mettre en scène un mélodrame. Nous avons fait fabriquer l’armature des parois, il ne manquait plus qu’à les recouvrir de toile blanche. Mais quand j’ai vue cette structure en fer, j’ai trouvé que cela valait le coup de la conserver telle quelle : c’est comme une cage, c’est en parfaite cohérence avec la pièce.




Dans quels circuits vos pièces sont-elles jouées ?
Dans ce qu’à Buenos Aires on appelle le circuit indépendant. Ce sont des salles où tiennent cent spectateurs tout au plus. Les pièces mises en scène peuvent recevoir une subvention de l’État, mais ce sont de très petites sommes.




Avez-vous été influencée par certains auteurs ou metteurs en scène en particulier ?
Les metteurs en scène qui m’ont le plus influencée sont Alejandro Catalán et Ricardo Bartís : leur façon de pratiquer le théâtre et de réfléchir constamment sur la pratique théâtrale est pour moi une référence. Un dramaturge à mon sens indispensable est Mauricio Kartun, dont j’ai d’ailleurs été l’élève à l’école d’art dramatique. Et il y a aussi des auteurs-metteurs en scène dont l’oeuvre m’intéresse au plus haut point : Federico León, Beatriz Catani, Daniel Veronese, Mariana Obersztern, Lola Arias, entre autres.




Comment la compagnie El Silencio s’est-elle formée ?
Au départ, nous nous appelions le Grupo Primos (« les cousins »), puis de nouvelles personnes nous ont rejoints, alors nous avons changé de nom. Esteban Lamothe, Esteban Bigliardi, Pilar Gamboa et moi-même – les quatre premiers membres de la compagnie – nous étions connus dans le cours de théâtre d’Alejandro Catalán. Nous sommes devenus très amis, c’était il y a dix ans. Puis nous avons commencé à travailler ensemble. Bref, nous sommes liés par une amitié qui s’est forgée autour du théâtre. Et Susana Pampín s’est jointe à nous pour jouer dans Le Temps tout entier.




Vous avez également écrit deux romans. Quelle différence faites-vous entre l’écriture théâtrale et celle d’un roman ?
Quand j’écris une pièce, je le fais pour la scène, j’ai un rapport plus pratique à l’écriture théâtrale : généralement, j’écris une pièce parce que je vais la mettre en scène. L’écriture d’un roman est plus individuelle, il n’y a pas de date butoir, je me sens plus libre, mais je tarde aussi beaucoup plus… Jusqu’à présent, j’ai écrit au rythme d’environ une pièce tous les deux ans et un roman tous les quatre ans.


DANS LA PRESSE

L'argentine Romina Paula invente le théâtre en apesanteur. A 32 ans, elle est la plus belle promesse de la jeune génération scénique de Buenos Aires. Si vibrant, si drôle, aussi, El Tiempo l'est grâce à des acteurs exceptionnels Esteban Bighardi (Lorenzo), Esteban Lamothe (Maximihano), Susana Pampin (Ursula), et Pilar Gamboa, une Antonia que l'on n'oubliera pas.
Fabienne Darge Le Monde 18-19 décembre 2011

On sort bouleversé de ce parcours au bord de la rupture, de cette direction d'acteurs d'une psychologie tellement subtile qu'elle devient pure transparence...
Fabienne Pascaud Télérama 17/23 décembre 2011

II est rare dans une saison que l'on nous offre de découvrir des comédiens que I’on ne connaissait pas, une manière de jouer, une mise en scène tout à fait bouleversante. (…) Dans un décor de métal et de lumière crue, les quatre personnages nous touchent. Pas de distance de langue. L'expressivité délicate et les surtitres très précis sont parfaits. Pas d'effets, de trucs. Les artistes n'ont pour armes que leur sincérité, leur talent profond, l'humanité simple et rigoureuse du spectacle. Bravo !
Armelle Héliot Le Figaro 12 décembre 2011

C'est du théâtre pur et très touchant. Une compagnie à découvrir.
Le Quotidien du médecin 14 décembre 2011bre 2011

Comme chez Tchekhov, l’amour pèse dans un désespoir diffus, la douceur oppresse. Ce «travail sur le temps et le silence» voulu par Romina Paula est bouleversant de sensibilité et d’émotion.
Annie Chénieux Le Journal du Dimanche dimanche 11 décembre 2011

Ce qui émeut dʼemblée dans El Tiempo todo entero, cʼest un climat de tendre intimité, dans lequel, néanmoins, les différends affectifs ne sont jamais gommés. Il est rare que la scène parvienne à un tel degré dʼintensité dans la représentation plausible dʼépreuves nerveuses in vitro, sans éclats de voix ni postures intempestivement mélodramatiques auxquelles incite le théâtre de Williams. (…)
Mine de rien, ce spectacle de parfaite mélancolie, sur lequel plane en sourdine lʼombre magnétique de Frida Kahlo, modèle de la femme infiniment libre pour Antonia, ouvre peut-être une porte inconnue.
Jean-Pierre Léonardini l’Humanité 26 décembre 2011


En partenariat avec Le Ballet Preljocaj

Représentations ATP : Pavillon Noir
le 11 Janvier 2013, 20H30


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