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LES ANIMAUX NE SAVENT PAS QU'ILS VONT MOURIR


De : Pierre Desproges (textes et chansons)

Représentation supplémentaire le 9 Décembre

Adaptation de Hélène Desproges et Michel Didym
Mise en scène par Michel Didym


Avec

Philippe FRETUN, Daniel MARTIN, Clotilde MOLLET et Johann RICHE

spectacle à 20h30 - durée 1h50

Musique : Johann RICHE

Assistant mise en scène : Benjamin Lazare

Collaboration artistique : Cécile Bon et Anne-Françoise Hourbeigt

Scénographie : Michel Launay

Costumes : Marie Pawlotsky

Réalisation costumes : Atelier Judith Husch Ventura

Réalisation des masques : Anton Feuillette

coproduction Cie Boomerang, Théâtre de la Ville–Paris, Espace Malraux–scène nationale de Chambéry et de la Savoie, Théâtre Jean-Lurçat–scène nationale d'Aubusson

SPECTACLE EN PARTENARIAT AVEC LE THÉÂTRE DU JEU DE PAUME

(pour en savoir plus et voir les photos cliquez sur le titre du spectacle)



A la fois essayiste, pourfendeur, romancier, chroniqueur haineux, dramaturge et moraliste, Pierre Desproges a écrit au cours de sa carrière une oeuvre aux facettes multiples, d'une vision stupéfiante de l'actualité, du Manuel de savoir vivre, et de l'émission télé pompeuse, chafouine, cynique, surréalistico-anacho-farfeluesque, au polar provincial et aux textes de scènes.

Il a dit beaucoup de ses textes lui-même et les a marqués de son personnage hautain.

Certaines fois, sa verve s'adoucit, et sa plume se fait plus poétique, plus proche des instants de nostalgie où il évoque les Bordeaux-vieux ou le Paris de ses jeunes années.

Mais voilà, il reste une multitude d'écrits pas encore vus, ou entendus. La précision chirurgicale de son style, l'élégance de son propos m'ont poussé à relire Desproges et m'ont donné l'envie de le monter sur scène, de détacher l'écrit de l'écrivain, du personnage.

Un univers extrêmement élaboré et une vision du monde que vont s'approprier un trio d'acteurs, Philippe Fretun, Daniel Martin et Clotilde Mollet, accompagné de musiciens. Ils vont vous donner à entendre ce que Desproges ne peut plus nous dire.

Pour la première fois, depuis sa disparition, le théâtre s'empare de ses écrits, les revisite sur scène, et confirme la place singulière de cet auteur, celle du Poète et de son regard sur nous.

Michel Didym

Desproges touche aux régions de l'âme où ça fait mal. Et comme il dit, « ça fait moins mal quand on en a ri ».

S'il cultive l'humour de cimetière, c'est que la mort est une nuisance majeure. Féroce amateur de bonheur, il est teigneux avec les nuisances, même mineures, comme les cintres qui vous giclent au nez dans les penderies. Il a tous les culots, toutes les libertés, et il adore aller trop loin, avec élégance, en toute fraîcheur, et sans filet. C'est un provocateur viscéral, mais, en dehors de quelques « imbéciles répertoriés », tout le monde a compris qu'avant de provoquer Leprince-Ringuet et les coiffeurs (dont il n'a rien à foutre en réalité) il se provoque lui-même, de préférence sur les sujets sensibles : « Je pleure chaque fois qu'un de mes enfants meurt. Là, ils vont bien. » C'est pour ça qu'il nous était si utile. Il nous défendait contre les cons, l'ennui, le chagrin et la mort. Et ce qui ne va pas aujourd'hui, c'est que les cons, l'ennui, le chagrin et la mort sont en pleine forme, et lui, il est muet.

Marie-Ange Guillaume

EXTRAITS DE LA PIÈCE

• L'homme. Remarquons au passage que si l'on dit « les animaux » au pluriel, on dit « l'homme » au singulier. Parce que l'homme est unique. De même, nous dirons que les animaux font des crottes, alors que l'homme sème la merde. L'homme est un être doué d'intelligence. Sans son intelligence, il jouerait dans l'herbe ou ferait des bulles au lieu de penser au printemps dans les embouteillages.

• Grâce à son intelligence, l'homme peut visser des boulons chez Renault jusqu'à soixante ans sans tirer sur sa laisse. Il arrive aussi, mais moins souvent, que l'homme utilise son intelligence pour donner à l'humanité la possibilité de se détruire en une seconde. On dit alors qu'il est supérieurement intelligent. C'est le cas de M. Einstein, qui est malheureusement mort trop tard, ou de M. Sakharov, qui s'est converti dans l'humanisme enfermé, trop tard également.

• Les hommes ne mangent pas de la même façon selon qu'ils vivent dans le Nord ou dans le Sud du monde.

• Dans le Nord du monde, ils se groupent autour d'une table. Ils mangent des sucres lourds et des animaux gras en s'appelant « cher ami » puis succombent étouffés dans leur graisse en disant « docteur, docteur. »

• Dans le Sud du monde, ils sucent des cailloux ou des pattes de vautours morts et meurent aussi, tout secs et désolés, et penchés comme les roses qu'on oublie d'arroser.

• Pour se reproduire, les hommes se mettent des petites graines dans le derrière en disant : « Ah oui, Germaine. »

Extrait : Les animaux ne savent pas qu'ils vont mourir.

CRITIQUE : TÉLÉRAMA

• Desproges ricane encore

• Son humour au vitriol ressuscite dans un spectacle décapant.

• On n'avait plus l'habitude d'entendre sur scène parole si insolente ; paradoxes si impitoyables sur l'humaine condition, ses hypocrisies, ses lâchetés... C'est peu de dire que la parole de Pierre Desproges – mort d'un cancer en 1988, à l'âge de 51 ans – réveille nos consciences molles, nos individualismes repus. Elle les électrocute. Avec ses incessantes décharges d'humour absurde, de noirs délires, ce verbe-là nous met avec violence face à nos préjugés, nos aveuglements, nos contradictions. Car c'est bien d'une langue superbement construite, travaillée, voire sophistiquée qu'il s'agit. S'il se lamentait de n'être pas Paul Claudel (ni Paul Newman, d'ailleurs), le teigneux moraliste des années 80 maniait les mots avec une élégance, un brio dans le meilleur style réputé "français". Entre La Fontaine, Guitry et Ionesco. Mais, sans doute, son agressive présence en scène – mi-clown triste, mi-cinglant procureur, mi-rêveur, mi-aboyeur – cacha longtemps l'écrivain derrière l'acteur humoriste. Quinze ans après sa disparition, Michel Didym et son quatuor d'acteurs musiciens nous le révèlent sous ses plus rares facettes. Pas évident de bâtir un spectacle autour de ces textes anciens ou inédits, au vitriol ou tendrement écorchés, grotesques ou sauvagement réalistes. La bande a réussi, tricotant avec facétie un dérangeant patchwork où résonne en permanence le ricanement de la mort. Celle dont Desproges se savait proche et qui lui donnait cette distance aigre-douce avec les hommes et les choses.

• Sur scène, le gigantesque squelette d'un chien. Ou d'un quelconque animal, de ceux en tout cas qui ont la chance de ne pas savoir qu'ils vont mourir, puisque c'est l'unique différence que l'auteur voyait entre eux, les animaux, et nous, les humains ; au fond, de vagues fresques préhistoriques dessinés par nos lointains ancêtres. L'homme a-t-il jamais évolué ? Pas vraiment, estime le satiriste, qui dresse ici un féroce tableau de nos compromissions, de nos démissions. On meurt... de rire. Le trait est si cruel, si constamment décalé, insensé. Les acteurs – Daniel Martin, Philippe Fretun, Clotilde Mollet et même l'accordéoniste, omniprésent, Johann Riche – jouent avec tant de virtuosité de ces différences de ton, composent sous nos yeux un cabaret si détraqué. Qu'ils singent L'Angélus, de Millet, s'explosent en gigues bretonnes, parodient conférence ou recette de cuisine, inventent une fanfare jazzy bluesy ou confient des états d'âme crépusculaires entre deux gags trop ringards pour être honnêtes, on se régale de tant d'inventions méchantes. De ce joyeux music-hall assassin.

Fabienne Pascaud,


Clotilde Mollet



Michel Didym


Pierre Desproges

POUR VOIR D'AUTRES PHOTOS TAPEZ CETTE ADRESSE :

http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/les_animaux_ne_savent_pas/



Représentations ATP : Théatre du Jeu de Paume
le 5 Décembre 2006, 20H30
le 6 Décembre 2006, 20H30
le 7 Décembre 2006, 20H30
le 8 Décembre 2006, 20H30


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