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ALEX LEGRAND


De : Nathalie FILLON
Mise en scène par Nathalie FILLON

Assistante : Valérie Castel Jordy

Scénographie, costumes : Charlotte Villermet

Création sonore : Walid Breidi

Lumières : Denis Desanglois


Avec

Sylvain CREUZEVAULT : Alex Legrand, fils d'Alexandre et Alexandra Legrand, écrivain narcissique en sursis

Hervé VAN DER MEULEN : Alexandre Legrand, père d'Alex, ingénieur des ponts en retraite

Chantal DERUAZ : Alexandra Legrand, Conquête d'Alexandre, femme au foyer, maman d'Alex

Juliette STEIMER : Annabel Lee, étudiante presque anglaise échouée sur nos côtes, amour d'Alex, un poème

Philippe FRECON : Jonathan, voisin du dessus d'Alex, adepte des sports extrêmes

spectacle à 21h - durée 1h40

Co-production Théâtre du Baldaquin, DMDTS, le Studio (Cie Jean-Louis Martin Barbaz), le soutien du théâtre des 2 rives de Charenton le Pont, et l’aide de la Chartreuse, Centre National des Ecritures du Spectacle.

SPECTACLE EN PARTENARIAT AVEC LE THÉÂTRE DES ATELIERS

(pour en savoir plus et voir les photos cliquez sur le titre du spectacle)



On tue le père et puis après on fait quoi ?

Extrait :

"Alexandre : (…) Le fils doit tuer le père. C'est bien mon grand. Très original. C'est quoi cette histoire ? Regarde mes dents. Tu as de la chance que je sois mort."

“ Le malheur de l’homme est d’avoir été un enfant ”. Cette phrase empruntée à Franz Fanon pourrait résumer ce qui se noue au cœur de chaque personnage d’Alex Legrand. La pièce parle et s’adresse à chaque enfant en nous, et à chaque père, chaque mère, qui lui/elle aussi a été un jour un enfant, soumis à des règles qu’il a dû accepter, ou rejeter, peu importe - et qui en a pleuré, et qui en a ri. Tout ce qui fait de nous ce que nous sommes et ne sommes pas. Tout ce qui nous libère et nous entrave. Ce que l’on détruit, ce que l’on construit. Tout ce que l’on tisse de liens, de nœuds, de rêves, possibles ou impossibles, seul et avec l’autre, et qui s’appelle la vie.

L'action se passe dans un lieu unique qui ressemble à s'y méprendre à une chambre de théâtre, donc à une fausse chambre. Les meubles sont authentiques, patinés par le temps, ils n'ont rien à faire sur une scène de théâtre.

La pièce

Une tragi-comédie familiale contemporaine vieille comme le monde

Alex Legrand vient d'écrire un livre assassin, "Avant que tes vers me bouffent", dans lequel il règle ses comptes avec sa famille et qui sort aujourd'hui.

Aujourd'hui commence la pièce.

Aujourd'hui, Alex Legrand est dans un état de panique totale : ses parents vont arriver chez lui d'une minute à l'autre, ils ne savent rien du livre de leur fils, ils ne savent pas qu'il les a tués. Ils viennent simplement prendre le thé et faire connaissance avec Annabel.

Mais avant l'arrivée de Monsieur et Madame Legrand, dans un temps d'attente dilaté par l'anxiété et l'imagination d'Alex, un temps où réalité et fantasmes se contaminent, Alexandre et Alexandra surgissent de l'armoire à plusieurs reprises : pacte d'amour sado-masochiste en alexandrins, procès du père où le fils devient accusé, venimeux pique nique familial autour d'un os et d'une salière.

Ces scènes fantasmatiques sont régulièrement interrompues, traversées par le temps réel : Jonathan passe et repasse avec des demandes auxquelles personne ne répond ; Annabel tente régulièrement, de ramener Alex à la réalité de leur couple…

Mais le temps s'accélère. C'est l'heure du thé.

Monsieur et Madame Legrand arrivent. Leur arrivée ne résout rien, au contraire. En s'introduisant dans l'intimité de leur fils, découvrant à son insu le livre paricide, ils sont envahis par l'anxiété, démasqués par les non dits, trahis par les mots. Les malentendus entre les personnages se multiplient. Fantasmes et réalité se contaminent. Annabel et Jonathan sont pris dans la tourmente. Alex fait ce qu'il peut. Chacun fait ce qu'il peut, pas ce qu'il veut.

Alex Legrand est une histoire de rapports aliénés : un fils paralysé par ses parents, des parents paralysés par leur fils ; une histoire d'amour, des histoires d'amour invivables. Une histoire de mots aussi, de mots dits, de mots tus, de mots aux pouvoirs magiques, de mots qui créent la vie, de mots qui la condamnent.

Mise en scène

Sous les yeux des spectateurs, l'extraordinaire banalité des rapports familiaux

L'extraordinaire

Le spectateur est d'abord mis face aux représentations mentales d'un homme empêtré dans ses contradictions, d'un écrivain qui, sous leurs yeux, confond allègrement fiction et réalité. Avec la complicité d'Annabel, Alex fait surgir magiquement de l'armoire de sa chambre le couple de ses parents. Personne n'est dupe, ni le spectateur, ni les personnages, ni les comédiens qui fabriquent cette mascarade tragi-comique, grotesque et cruelle : tout ceci est du théâtre en train de se fabriquer sous nos yeux, avec ses jeux d'illusions, une image monstrueuse, partiale et subjective des rapports familiaux, "Tout est de leur faute. Ils n'y peuvent rien."

La banalité

Mais le fantasme laisse place à la réalité : les parents, les vrais, des parents ordinaires, entrent simplement dans la salle, comme des spectateurs. Alex et Annabel ne sont pas là, sortis pour un moment, ils reviendront plus tard. Les parents, devenus spectateurs, découvrent l’espace du théâtre. Seul Jonathan est là, distillant l’inquiétude. Il sort et libère l'espace, "Je vous abandonne".

L'extraordinaire banalité

Monsieur et Madame Legrand entrent alors dans l’espace de jeu, hanté à leur insu par leurs propres fantômes. Sous les yeux des spectateurs initiés, commence alors le voyage illicite d'un père et d'une mère dans l'intimité de leur fils, avec les éléments laissés là comme des indices d'une autre représentation. Un autre théâtre se recompose alors. Plus une mascarade fantasmatique, une simple mascarade familiale tragi-comique, cruelle, et fantastiquement ordinaire.

Scénographie, éclairage, costumes

(…) Une chambre. Un lit en fer avec des barreaux, une vieille armoire avec une glace en pied. Un tapis. Alex est debout sur le lit, à peine habillé, pas tout à fait nu, des vêtements à la main.(...)

Espace : partir de la réalité du plateau pour créer un espace polymorphe

Le plateau est vide, nu, pas de pendrillons, rien. Le théâtre entier, scène et salle, est la chambre, la réalité d'Alex (C'est vide ici, il n'y a rien. J'avais complètement oublié qu'on n'avait rien). C’est l’espace où il dort, écrit, écoute de la musique, aime. C'est l'espace où il joue son théâtre, met en scène ses fantasmes. C’est l’espace dans lequel entrent les spectateurs. Posés dans cet espace dénudé, trois éléments créent un îlot, un point de force : une armoire avec une glace en pied (boîte de Pandore où apparaissent les parents fantasmés), un lit en fer avec des barreaux, un tapis berbère. Deux flèches fluorescentes collées au mur pointent l’îlot. Elles dénoncent la théâtralité et matérialisent la distance que chaque personnage doit traverser pour atteindre le lieu où tout se noue, tout se joue.

Chaque lieu est utilisé dans sa singularité. Les portes restent ouvertes pas de coulisses. Les personnages peuvent surgir de partout, à tout moment.

Lumière : le jeu de la perception

La lumière a deux fonctions : Elle aère cet espace mental. Elle rythme les changements d'espaces mentaux et modifie la perception des objets.

Costumes : le jeu des apparences

A leur première apparition, Alexandre et Alexandra sont suspendus par les épaules aux cintres de l'armoire et portent des costumes impossible à dater. Les autres costumes sont contemporains. Ils sont nés de la rencontre de l’acteur et du personnage, de ce qu’elle a fait apparaître. Ils dessinent le corps de l’acteur dans sa singularité et donnent à lire des signes de la personnalité du personnage (le pantalon d'Alex est trop court, sa chemise trop grande, le manteau d'Annabel est d'une sensualité palpable, Jonathan porte des marques connues et des signes de ses voyages, Mr et Mme Legrand sont assortis).


De l’écriture au plateau, du plateau à l’écriture

L’écriture (2000 - 2001)

Interroger la fonction de la parole, telle est mon obsession quand j’écris pour le théâtre. Dans Alex Legrand, elle est au moins double. La parole tait et fait taire, autant qu’elle dit. Une parole qui échappe, trahit, dévoile, celle qui s’échange dans la complexité de la relation. Une parole de l’instant, non préméditée, qui s’énonce soudain parce que ce jour là, à cet instant là, empêtrés dans des émotions contradictoires, ces êtres là ne pouvaient dire que ces mots là, à ce rythme là, dans ce désordre là. Au cœur de ce désordre, sombre et limpide, un poème d’Edgar Poe : Annabel Lee.

Le passage

Mettre en scène son propre texte c’est accepter de se laisser surprendre par ce qu’on a soi-même inscrit dans un autre espace/temps. C’est se saisir d’autres outils, d’un autre vocabulaire, pour mettre à jour un mystère. C’est poursuivre sa quête autrement. C’est donner à la sensualité du plateau, à l’espace, aux corps et aux voix, le soin d’éclairer sa part d’ombre.

Le plateau (2004)

Le texte contient plusieurs théâtres, plusieurs espaces, plusieurs rythmes, plusieurs musicalités : farce, tragédie, drame romantique, comédie, fantastique, effets de réel, distanciation, fantasmes, réalité… Tout est ruptures, enchaînement de ruptures. Il faut donc tout traiter dans l’écriture scénique. Traiter chaque théâtre pour ce qu’il est. La question de la théâtralité court tout au long du texte, comme un défi à relever dans l’espace/temps du plateau — un pied de nez à une histoire du théâtre qui se rêverait linéaire, en vain. Au cœur, l’acteur. Celui dont le seul présent remet à jour les pages de cette même histoire.

Passage à l’acte : la direction d’acteur

La variation des codes de jeu est la clé du travail. L’acteur ne peut s’installer dans rien, ni rien systématiser. Il s’expose dans tous les registres du jeu, tous ses degrés : plongeons dans la fiction, décrochages, immersion dans l’intime, adresses public, arrêts de jeu… Car cette parole de l’instant, non préméditée, exclue toute psychologie et exige de l’acteur un présent total au jeu et à l’autre. Il peut passer d’un code à l’autre pendant une même séquence. C’est à ce prix qu’il impose le présent de l’écriture, sa vibration fébrile, en le remettant en jeu, à chaque instant.




Représentations ATP : Théâtre des Ateliers
le 19 Février 2007, 21H00
le 20 Février 2007, 21H00
le 21 Février 2007, 21H00


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