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ANDROMAQUE


De : Jean Racine
Mise en scène par Philippe ADRIEN


Avec

Anne Agbadou-Masson : Céphise

Jenny Bellay : Cléone

Christine Braconnier : Hermione

Jean-Marc Hérouin : Pylade

Wolfgang Kleinertz : Phoenix

Catherine Le Hénan : Andromaque

Bruno Ouzeau : Oreste

François Raffenaud : Pyrrhus

décor : Olivier Roset

lumières : Pascal Sautelet assisté de Nadine Sarric

musique : Ghédalia Tazartès

costumes : Claire Belloc

direction technique : Martine Belloc

assistante à la mise en scène : Agathe Sanz

spectacle à 20h30 - durée 2h10

Production ARRT/Philippe Adrien, compagnie subventionnée par le ministère de la Culture et la Ville de Paris

SPECTACLE EN PARTENARIAT AVEC LA VILLE DE ROUSSET

(pour en savoir plus et voir les photos cliquez sur le titre du spectacle)



l suffit d’avoir une fois lu ou entendu des vers de Racine pour être à jamais marqué par le mystère de leur transparence, si parfaitement accordé à cet idéal de représentation, à cette forme pure qu’est la tragédie classique dont le modèle nous semble valoir pour l’éternité. »

C’est ainsi que j’introduisais mon propos lorsque, au Conservatoire, j’abordais cette forme de théâtre avec mes élèves… Quant à passer à l’acte de mettre en scène une de ces tragédies, l’idée si haute que je m’en faisais, à l’évidence, me l’interdisait. Tout récemment, dans le cadre d’un atelier où, une fois encore, je m’employais à faire partager aux acteurs mes goûts et mes conceptions, le feu s’est emparé de quelquesuns qui ont souhaité mener plus loin ce que nous avions engagé. C’est ainsi que, presque à mon insu, et pour la première fois, je réalise le rêve qui me semblait impossible : la mise en scène d’une tragédie de Racine. Quel est notre parti? Il faut bien sûr dire les vers, et en révéler la musicalité. Il s’agit pourtant d’un dialogue dramatique. C’est précisément cette contradiction apparente entre la poésie et l’effet de parole, c’est ce paradoxe qu’il faut soutenir. Fasciné par la forme, on aurait tendance à faire peu de cas de la narration. Racine y a cependant prêté la plus grande attention. Andromaque, tout spécialement, est une pièce dont l’action pleine de rebondissements ne cesse de nous surprendre et de nous passionner .

Interpréter Racine

« Il est rare que je parle de l'« expression » d'un acteur, non, je m'intéresse plutôt à vos sensations, vos pensées, vos émotions, étant entendu qu'il ne s'agit pas de les exhiber mais de faire en sorte qu'elles affleurent, en dépit du personnage et presque malgré vous… Tenez, c'est dans la scène : Et vous le haïssez ? Avouez-le, Madame, / L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme : / Tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux… On ne saurait mieux dire. Ce vers vient confirmer le point de vue selon lequel il ne s'agit pas d'exprimer mais bien de se trahir… Racine… Nous sommes devant une difficulté majeure, à la mesure de l'oeuvre, et nous ne pouvons manquer d'éprouver de l'appréhension. L'idée de variation ludique, si chère à Antoine Vitez, me laisse perplexe même si dans une pratique telle que la nôtre, il est naturel de se montrer disponible à toutes les propositions, idées et expériences possibles. On ne peut pas travailler dans le respect. Pour avoir une chance d'atteindre l'essentiel, il faut du jeu.

Dans ma quête d'une relation authentique avec l’oeuvre, je présuppose l'existence d'une théâtralité adéquate et exemplaire. Peu importe que ce soit là une pure fiction, elle me soutient. Même si la pièce a été jouée des milliers de fois, pour les acteurs et pour moi-même, ce doit être comme la première fois. Dans le meilleur des cas, dramaturgie et mise en scène attestent cette virginité. La représentation est perçue non pas comme une version parmi d'autres possibles mais comme inédite, évidente et nécessaire... Une pertinence hors référence...

Alors, comment y atteindre avec Racine?…

Vous vous méfiez : il y aurait antinomie entre jouer et dire ; les acteurs, aujourd'hui, ne sont plus des diseurs, ils ne récitent ni ne déclament, ils jouent et parlent tout simplement. Croyez bien que vous et moi ne sommes pas en désaccord sur ce sujet. La valeur poétique du texte, en l'occurrence du vers, n'y change rien: il sera, en situation, énoncé par un personnage qui dit « je » et auquel tout devra être rapporté. Je vous assure que si vous vous tenez rigoureusement à ce principe, vous échapperez à l'artifice. Il n'empêche que la tragédie classique est fondée sur une règle, précisément sur un principe : « l'art de plaire selon les règles ». Racine nous ramène, une fois de plus, à cette question fondamentale de la liberté et des contraintes. Dans les pratiques artistiques, imposer une règle suscite deux types de réaction : l'obéissance et l'académisme, ou une revendication de liberté et toutes formes d'insurrection. Racine lui-même, tout en obéissant à la règle, trouve moyen de faire valoir la spécificité de son inspiration. Dès lors, quant au traitement et à l'interprétation de son théâtre, faut-il absolument choisir entre ces deux termes : contrainte ou liberté ? Évidemment non !

Pour dire les vers, il faut les aimer… Ce n'est pas abstrait, c'est un rapport sensible, voire sensuel au verbe, un plaisir de langue et d'oreille… d'intelligence aussi : comment le sens se diffuse, s'exhale, s'embrume dans la phrase soumise à la règle de l'alexandrin. De la même manière, cet aspect de discours construit, il serait vain de prétendre l'évacuer, je crois qu'il faut s'y attacher et bien saisir que dans ce théâtre où la parole est action, la rhétorique nous met sur la voie de découvrir la stratégie intime des êtres. Attention, le théâtre de Racine n'est pas qu'un théâtre de texte, le réduire au seul poème ou au seul discours est une erreur. Intéressons-nous aussi à la fable, à l'action, au contenu…»

Philippe Adrien, "Instant par instant", éditions Actes Sud-papiers, 1998.

• Philippe Adrien a réalisé ces dernières années : 2005 Phèdre, de Racine création en Martinique On Mayé ozabwa / La Noce chez les petitsbourgeois créoles d’après Brecht Mélédouman de Philippe Auger Doux Oiseau de jeunesse de Tennessee Williams Le Procès de Kafka 2004 Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz présenté aux ATP d'Aix Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas Le Fantaisiste avec Rufus 2003 Cadavres exquis d’après le Grand-Guignol L’Incroyable Voyage de Gilles Granouillet 2002 Extermination du peuple de Werner Schwab L’Ivrogne dans la brousse d’après Amos Tutuola présenté aux ATP d'Aix 2001 Le Malade imaginaire de Molière Monsieur de Pourceaugnac de Molière 2000 Le Roi Lear de Shakespeare présenté aux ATP d'Aix Les Bonnes de Jean Genet 1999 Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams Excédent de poids, insignifiant : amorphe de Werner Schwab L’Incorruptible de Hugo von Hofmannsthal 1998 En Arcadie de TomStoppard La Fiancée du vent de Jean Bescos Victor ou les Enfants au pouvoir de Roger Vitrac présenté aux ATP d'Aix Point à la ligne de Véronique Olmi 1997 L’Homosexuel ou la difficulté de s’exprimer de Copi Kinkali d’Arnaud Bédouet Les Bonnes de Jean Genet 1996 Hamlet de William Shakespeare

Philippe Adrien


• Fonde en 1985 l’Atelier de recherche et de réalisation théâtrale (ARRT) à la Cartoucherie.

• Directeur artistique du Théâtre de la Tempête.



Catherine Le Hénan : Andromaque

Anne Agbadou-Masson : Céphise
Jenny Bellay : Cléone
Christine Braconnier : Hermione
Bruno Ouzeau : Oreste

Wolfgang Kleinertz : Phoenix


Jean-Marc Hérouin : Pylade


François Raffenaud : Pyrrhus

Représentations ATP : Salle Émilien Ventre
le 1 Février 2007, 20H30


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