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MADEMOISELLE JULIE


De :
August Strinberg
Mise en scène par Jacques Vincey
Avec

Cécile Camp, Mélanie Couillaud, Vincent Winterhalter

spectacle à 20h30 - durée 1h45

accueil en partenariat avec le service culturel de rousset (13)

réservations: 04 42 26 83 98
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«Mademoiselle Julie» est une pièce de guerre. Guerre des sexes qui s’attirent et se repoussent sauvagement. Guerre des coeurs et de la raison. Guerre des cerveaux engagés dans une lutte à mort pour la domination. La pièce démarre pourtant dans l’euphorie de la fête de la Saint-Jean. Julie, fille du comte, danse avec les paysans et les domestiques. Dans la cuisine, Jean et sa fiancée Christine critiquent l’attitude de leur maîtresse. Julie fait irruption et séduit Jean. Jean couche avec Julie. L’ordre des choses est bouleversé: il faut inventer de nouvelles règles. Faut-il partir ? Faut-il rester ? Qui doit obéir à qui ? Qui est le maître et qui est l’esclave ? Julie exige de Jean qu’il lui ordonne de se trancher la gorge. Strindberg s’inspire d’un fait divers et le hisse jusqu’à la tragédie. Il transforme l’anecdotique en universel, il puise, dans les petites histoires, la matière brute qu’il passe au tamis de sa sensibilité et de son intelligence pour nous en restituer l’essence fondamentale. Le concentré ainsi obtenu est puissant et dangereux. Il déstabilise plus qu’il ne rassure. Il ne résout rien, n’explique rien. «J’ai laissé les cerveaux travailler d’une façon irrégulière.» Strindberg décrypte la réalité avec une rage et une lucidité qui ne s’embarrassent pas de cohérence. La confusion, la pluralité des points de vue est exposée crûment. A chacun de choisir «le mobile qu’il saisira le plus facilement ou qui honorera ses talents d’analyste».

«Mademoiselle Julie» est une pièce trouble et troublante. Strindberg la qualifie de naturaliste, mais c’est d’un «naturalisme halluciné» dont il s’agit. Il se projette tout entier dans son théâtre comme dans un refuge d’où il peut se venger impunément d’une vie qui l’écorche vif. Il nous donne l’illusion de la réalité, mais il s’accorde la liberté du rêve. Il nous montre le décor et son envers. Les personnages épinglés dans son petit théâtre intime disent tout et spécialement ce que l’on tait lorsqu’on reste dans les limites de la conscience, du bon goût et de la bienséance. Les situations, les objets prennent des proportions subjectives : la préparation abortive de Christine est prémonitoire de la mésalliance de Jean et Julie, les bottes du comte ont un poids symbolique qui fait courber l’échine de son valet chaque fois qu’il les aperçoit, la décapitation du serin préfigure le suicide de Julie... La pièce est un précipité de mots et d’images, de situations et de sentiments.

«Mademoiselle Julie» est une pièce hétérogène. Elle est irréductible à un sens, un parti pris, une formule définitive. Elle fuit, échappe sans cesse à une appréhension univoque. Ecrite après ses premiers drames épiques et avant les pièces expressionnistes, puis symbolistes de la fin de sa vie, elle porte en elle les germes de l’évolution formelle du théâtre jusqu’à aujourd’hui. C’est ce bouillonnement qui fait sa puissance. Il faut coller à cette écriture, se coltiner à son foisonnnement et assumer la rage de Strindberg à vouloir nous restituer sa vision du monde jusque dans ses contradictions. Il faut prendre le risque de pénétrer «dans sa tête», dans une forme libérée de la censure du conscient.

«Mademoiselle Julie» est une pièce en suspension. Toute l’action se déroule dans la cuisine. Un espace intermédiaire entre les logements des domestiques et les appartements du comte. Un purgatoire entre «le haut» et «le bas», l’ascension et la chute. Un lieu confiné où la parole se libère. La nuit de la Saint-Jean, on racontait que l’eau de source se transformait en vin et les fougères en fleurs. Un moment magique, «entre chien et loup», une nuit blanche qui modifie la perception du temps. Cette cuisine sera suspendue entre ciel et terre, en apesanteur dans les limbes du théâtre. Un cadre qui concentre le regard au coeur d’un hors-champ menaçant, peuplé des spectres du passé, du fantôme du comte, des ragots des autres domestiques et des esprits de la Saint-Jean...

«Mademoiselle Julie»
Tragédie naturaliste - 1888
Dans ce «tableau vivant», les personnages sont mus malgré eux par ces forces qui les dépassent, les débordent. Leur âme est un «conglomérat de civilisations passées et actuelles, de bouts de livres et de journaux, des morceaux d’hommes, des lambeaux de vêtements du dimanche devenus haillons, tout comme l’âme elle-même est un assemblage de pièces de toute sorte». Aux acteurs de prendre en charge ce patchwork qui déborde la psychologie, pour atteindre aux fondements de la nature humaine et aux conflits qui nous constituent tous intimement. Là encore, nous devrons cheminer sur un terrain instable, explorer des codes de jeu différents, prendre le risque des ruptures et des contrepoints. Notre enjeu sera de concentrer les rapports des personnages en un jus très puissant, de dépasser l’anecdote et la sentimentalité, de décaper le réalisme et le naturalisme pour parvenir à l’épure, c’est-à-dire à la violence et à la crudité de la réalité «toute nue». «Nous voulons voir les fils, la machinerie, explorer la boîte à double fond, toucher l’anneau magique pour trouver le sommeil, glisser un regard dans les cartes pour voir qu’elles ont bien été truquées.» August Strindberg
Jacques Vincey - octobre 2005




EXTRAITS DE PRESSE
Entre silences, violences et non-dits, un monument du théâtre est réinventé par des comédiens brillants dans une mise en scène éclatante d’intelligence. Strindberg tire les fils de la manipulation, Jacques Vincey traite la mise en suspension d’une réalité à manger toute crue ! Comédien et acteur, Jacques Vincey joue au théâtre, au cinéma, à la télévision avec les plus grands, de Chéreau à Bondy en passant par Arthur Joffe ou Nicole Garcia. Signant ses propres mises en scène depuis vingt ans, après un Santo Elvis créé dans les dessous de scène en 2003, il revient avec un drame de Strindberg, rageur et foisonnant. Mademoiselle Julie brise le tandem maître-esclave et se bat pour la liberté, ou l’illusion, de vivre pleinement. C’est une pièce de guerre : des sexes, des cœurs, des cerveaux et de la raison. Les personnages disent tout, surtout ce que l’on tait. Ils posent sans fards devant le bon sens et la bienséance. Précipité de situations et sentiments, Strindberg ne retient pas de formule définitive mais déroule les possibles. Jacques Vincey accroche des comédiens de grande stature aux premiers rôles et place la pièce en apesanteur dans une cuisine entre ciel et terre. De l'anecdote sentimentale, il ne retient que le jus qui pénètre la matière. Dessous : un réel coupant comme une lame de rasoir. Dessus : le rêve puissant comme une paire d'ailes. Entre : les entrailles de l’existence. Voici Mademoiselle Julie en déshabillé d’une blancheur troublante comme une épure qui abstrait la vie. Plus de censure, quartier libre à la conscience !





Représentations ATP : salle émilien ventre
le 29 Janvier 2008, 20H30


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