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M'PALERMU


De :
Emma DANTE
Mise en scène par Emma DANTE
Avec
Gaetano BRUNO - Sabino CIVILLERI - Tania GARRIBBA - Manuela LO SICCO - Ersilia LOMBARDO

spectacle à 20h30 - durée 1h

spectacle en italien et palermitain surtitré

spectacle en partenariat avec l'AIAPA
(pour en savoir plus et voir d'autres photos cliquez sur le titre du spectacle)





M'PALERMU

Dans m'Palermu (Le M dialectal accordé à Palermu peut se traduire par « au cœur de ma ville de Palerme » ), les cinq membres d’une famille de Palerme s’apprêtent à sortir pour la « passegiata », un rite dominical où l’on s’habille pour être vu. Tous s’affairent pour revêtir leurs effets les plus seyants, c’est la joie quand l’un trouve le vêtement ad hoc, la bagarre généralisée quand ils sont plusieurs à vouloir le même. Alors qu’ils sont sur le point de sortir, Mimmo, le chef de famille s’aperçoit que Rosalia n’est chaussée que de vulgaire savates. Pas question de sortir comme ça.

Une famille constamment empêtrée dans les névroses d’une société en mutation, au bord de la crise de nerfs.

La tension va crescendo et débouche sur l’exaspération des protagonistes jusqu’à atteindre son paroxysme.


Emma Dante touche des thèmes forts et actuels relatifs à nos incertitudes face au culte de l’esthétique, face aux rapports contradictoires à la nourriture, privation et abondance, face aux nouveaux enjeux familiaux.


La famille palermitaine est tout à la fois emblématique et atypique, miroir de Palerme, et d’une société à la recherche de nouveaux repères. mPalermu est un spectacle intense, bouleversant.


Du particulier à l’universel


Les spectacles d’Emma Dante, en touchant au particulier atteignent l’universel : « La problématique des familles n’est pas que sicilienne, elle est aussi européenne. Quand mes spectacles sont joués à Milan, j’apporte dans le Nord, un peu de l’Italie du Sud et le public est heureux d’apprendre à nous connaître ». Mais la Sicile n’est-elle pas archaïque et mafieuse ? « Le Sicilien qui a une attitude mafieuse n’est pas forcément de la mafia. Le Sicilien en fait n’est pas mafieux même si les mafieux sont Siciliens. Quant à l’archaïsme, il est vrai que mon théâtre est un théâtre tragique, lié à la gesticulation. Le peuple sicilien peut faire tout un discours sans ouvrir la bouche. C’est pourquoi mon théâtre est si physique. »


Emma DANTE


Biographie / Née en 1967, Emma Dante vit à Palerme (Sicile). Elle est diplômée de l’Accademia d’arte drammatica Silvio d’Amico (le Conservatoire de Rome) en 1991. Après avoir interprété de nombreuses pièces dans la péninsule, elle regagne Palerme en 1999 et fonde la compagnie théâtrale Sud Costa Occidentale. Elle met en scène, en dialecte palermitain, M’Palermu en 2001, puis Carnezzeria en 2002. Elle monte Medea, d’après Euripide, avec des textes de Heiner Müller et Christa Wolf, à Naples en 2003, et La Scimia, d’après Le Due Zitelle, de Tommaso Landolfi, à la Biennale de Venise en 2004. Le dernier volet de sa trilogie palermitaine, Vita mia, est créé à la villa Medicis en 2004, dans le cadre du Festival Romaeuropa. Depuis, elle a écrit et mis en scène une nouvelle pièce en dialecte : Mishelle di Sant’Oliva, créée au Festival delle Colline Torinese en juillet 2005.


Emma Dante a choisi de planter son théâtre là d’où elle venait : à Palerme. Le nom de sa compagnie, Sud Costa Occidentale, claque comme une bannière sur les bas quartiers d’une cité qui n’a pas encore viré de siècle. Du Sud, Emma travaille essentiellement la densité des ombres, et de la Côte ce qui coupe d’avec le continent, d’avec notre monde. Les pauvres familles de M’Palermu, Carnezzeria et Vita mia distillent le poison de convictions ancestrales, servies à doses exactes par une culture mafieuse. Quelques phrases en dialecte ne suffisent pas à affirmer leur pleine existence entre le silence et le cri. Elles compensent par l’engagement physique des fratries, par les gestes d’amour des mères, par l’exacerbation des rites. Laissées dans les zones encore non couvertes par la communication mondialisée, elles s’en tiennent à l’omerta comme à une forme d’héroïsme. Elles tirent fierté de leur soumission à des règles que nos règles désavouent, et qui les conduit à marcher main dans la main avec ce qui les torture. Leurs errements suscitent la compassion et la révolte immédiates, accordées aux perdants éternels. Le théâtre d’Emma Dante, dédié à leur cause, est propre à dessiner leur enfermement communautaire, l’étroitesse de leurs perspectives, leur enchaînement à des pouvoirs et des causalités qu’ils ne savent nommer autrement que fatalité. Dans les interstices, la vie s’écoule, contrainte, toujours au bord de l’explosion sanglante, à laquelle il serait illusoire de s’opposer, autant que de prétendre réécrire l’histoire. Car c’est elle, chaque fois, qui réapparaît sous le masque du quotidien, et sa face, d’autant plus poignante que ses interprètes sont jeunes, est celle dont Sciascia déjà, voyait la permanence chez Lampedusa : « La mort comme gage définitif, comme ultime synthèse de ce mode d’être qu’est la Sicile. »

LA PRESSE


«MPalermu, en dialecte, signifie "à Palerme", à l'intérieur de la ville, "dans son cœur", précise la metteuse en scène Emma Dante. Cinq cœurs contraints se révèlent dans l'auscultation d'une famille quelconque, à jamais bloquée chez elle à l'heure de la passeggiata dominicale, par manque de chaussures présentables. Image d'une société confite dans sa fierté, paraissant cultiver le renoncement, avant de vivre, dans un simulacre désespéré, la vraie vie de la vraie ville, dans ses rumeurs, ses saveurs. Et lorsqu'un des cœurs s'interrompt, quatre bouches, béant jusqu'à la déchirure, saluent, en un interminable cri muet la fatalité d'un ordre sans merci.


Les cinq comédiens ne cherchent pas particulièrement à incarner grands-parents, parents ou enfants. Les différenciations et les hiérarchies sont gommées par leur égale jeunesse. Leurs personnages se ressemblent à force d'avoir été polis par les conventions d'une intolérance rustique où, seul, le mouvement peut dire une société figée ; seul, le tumulte exprimer l'omerta.


(…) Il serait impensable de ne pas les revoir, très vite en France. »


J-L Perrier, Le Monde


« ... Car tout l’art de la Dante et de ses comédiens - coauteurs de chaque pièce - consiste dans l’invention d’une poétique visuelle, basée sur un jeu très physique, où la parole devient un élément corporel presque comme les autres... chaque mimique paraît provenir d’un terroir aussi ancien que celui de la comedia dell’arte, au service de drames si théâtralement vrais »


J-L P., Le Monde


Portrait


"Emma Dante, un théâtre volcanique et tranchant


L’auteur et metteur en scène sicilienne poursuit sa tournée francilienne et s’installe au théâtre du Rond-Point avec deux spectacles.


« Mon théâtre est un animal rôti au four, un cochon, une pièce de viande qui doit être découpée soigneusement et servie avec un bon vin rouge. » prévient Emma Dante. L’auteur et metteur en scène plonge en effet le tranchant d’une langue brute, vorace, dans le cœur de la famille palermitaine et découpe avec amour les rites de vies infectées par la misère, la violence latente et le poison mafieux. Saignant, charnel, un brin coriace, son théâtre dépèce d’âpres histoires de fratrie, de pouvoir et de vengeance… nouées par l’enfermement communautaire, l’honneur et la mort. C’est qu’Emma Dante est une enfant du pays... Elle en connaît les codes, les lois silencieuses, l’impitoyable talion. Elle en décrypte aussi les signes privés et les tacites arrangements. Artiste volcanique, elle a pourtant d’abord tracé sa route sur la péninsule. Partie pour Rome à vingt ans où elle entre à l’Accademia d’arte drammatica Silvio d’Amico (le Conservatoire de Rome), elle se lance en 1991 dans la carrière de comédienne. En 1999, lasse de vadrouiller sur les planches et la foi artistique passablement ébréchée, elle revient à Palerme, auprès de ma mère malade. Hésitante, fauchée, la révolte au creux du ventre, elle organise un atelier avec de jeunes gens et fonde la compagnie théâtrale Sud Costa Occidentale.


De la famille à la terre : une société figée et destructrice


C’est en prélevant cette réalité cadenassée, blanchie sous le soleil sicilien, qu’elle crée m’Palermu en 2001, première pièce d’une trilogie en dialecte palermitain, qui lui vaut de recevoir le prestigieux Prix Ubu. D’emblée, elle affirme l’originalité d’une démarche qui se glisse dans l’intimité familiale pour éviscérer les douleurs d’une terre pétrifiée dans le passé, qui écrit autant avec les mots que le corps des acteurs. Le jeu, tout à la fois expressionniste et abstrait, raille les simulacres de l’existence et tord le burlesque jusqu’à la grimace, condensant en un cri muet toute la souffrance désespérée et l’énergie forcenée de ces êtres corsetés. Tenus par les rivets de la tradition, privés de conscience politique ou sociale, les personnages se plient fièrement aux règles ancestrales de l’omerta et respectent scrupuleusement la fatalité d’une société figée dans l’orgueil, jusqu’à devenir les séides d’un ordre qui les oppresse « au nom du Père, du Fils, de la Mère et du Saint Esprit ». Oubliant de vivre… car paralysés par le regard des autres. « La famille que je raconte dans cette trilogie n’est pas une famille bien pensante, c’est une famille désespérée et exaspérée et donc aussi violente. Dans ces familles, les traditions se sont retournées contre elles et les ont détruites. La famille dans le monde actuel peut être un refuge, mais elle devient vite un bunker qui empêche de mener une vie personnelle. Et je pense encore davantage au poids de la famille plus lointaine, oncles ou cousins », explique Emma Dante.


Une œuvre dérangeante, au chevet de la mort


Après Carnezzeria (Boucherie), qui révèle les abus de la virilité paternelle et la prison du mariage arrangé, Vita Mia (Ma vie) (2004) pose le troisième acte des récits-contes qui éclairent les mœurs siciliennes. Dans cette pièce autobiographique, hantée par le souvenir du décès de son frère, en 1995 dans un accident, Emma Dante convoque le théâtre au chevet de la mort. Une mère enterre un de ses fils. « Vita mia est la tentative folle et désespérée de retarder jusqu’au bout de ses forces la dernière danse avant la mort. », dit-elle. Intense, poignante, cette veillée funèbre célèbre malgré tout la vie, entre ombre et lumière, et dénude au sang les liens mère-fils, dans un pays où possession et don, passé et futur, se confondent. Mishelle di Sant’Oliva, créé en 2005, fouille aussi les relations de la parentèle, mais du côté du père. La mère, ancienne chanteuse et stripteaseuse légère à l’Olympia de Paris, a quitté le foyer voilà dix ans et se fond dans le portrait mythifié du souvenir. Près de Sant’Oliva, le quartier des putains, le père et le fils l’attendent, assis sur leur tabouret, ensemble et pourtant sans un regard. Le vieux, rongé par le temps, reste cloué chez lui dans l’espoir du retour de sa blonde fée. Le « fiston de la Française », d’une grâce à la Botero, s’habille à la nuit tombée et se pare comme Mishelle pour arpenter les rues obscures en travesti. L’un et l’autre encagés dans leur souffrance, leurs frustrations. Seuls mais irrémédiablement liés.


Gwénola David


LA TERRASSE Mai 2007








Représentations ATP : Théâtre du jeu de Paume
le 8 Octobre 2007, 20H30


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